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Comment l’insomnie a fait de moi un lecteur vorace : paroles d’un ancien insomniaque qui ne regrette rien !

Enfant puis adolescent je fus un insomniaque chronique. J’ ai passé de longues nuits des années durant, sans pouvoir bien dormir . Ah, misère! Obligé d’écouter le chant lugubre mais si poétique des hiboux et autres oiseaux de nuit plus chouettes qu’on ne l’imagine. Nuit noire. Sans répit. Nuit blanche. Sans repos. Aujourd’hui encore je me demande la cause de cette insomnie…

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Un drôle de divorce/ Ferdinand Mitombahou

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Une immense joie dont je n’expliquais la source m’inondait le cœur quand je rentrais chez moi ce soir là .Peut être que les frissons habituels que je ressens à l’idée de revoir ma dulcinée s’étaient fortifiés pour une fois, peut être que les vacances prochaines qui s’annonçaient à grands pas m’envoyaient déjà leur air frais. Je ne savais pas trop. Il est de ces moments où pour une raison qu’on ignore on se sent bien dans sa peau. J’en vivais un ce soir là. Et j’en profitais gaiement. D’ailleurs ma vie qui se résumait à un mélange de diverses sortes de mélancolies accompagnées d’une petite goûte de temps de bien-être avait besoin de se faire une santé. Une fois à la maison je constatai que l’atmosphère était calme. C’est normal. Cela a toujours été ainsi depuis que je vis dans cet appartement. Le silence nous côtoyait, mon épouse et moi, comme une ombre ne lâche son propriétaire. Valérie était assise au salon. Elle s’était adossée au fauteuil comme si elle était craquée et épuisée jusqu’aux entrailles. – Bonsoir ma dulcinée, exclamai-je gaiement. D’habitude je n’aurais pas fini cette phrase et elle se serait jetée sur moi comme un enfant fou de retrouver sa maman disparue un temps. Je m’attendais donc qu’elle sursaute brusquement et qu’elle me prenne dans ses longs et enveloppants bras pour me flageller de ces sensations virulentes auxquelles, habituellement, je n’oppose qu’une bouche bée. Mais quelle surprise ! Elle était restée figée. Perplexe, je m’approchai d’elle doucement et tranquillement pour essayer d’en avoir le cœur net et précis. Mes pensées oscillaient entre une bourde que j’aurais commise et qui provoquerait une telle réaction de sa part ou un jeu romantique sans doute pour m’exciter en me faisant peur comme elle sait bien le faire. Je lui tapotai l’épaule légèrement.

Elle sursauta vivement comme si elle revenait de très loin. Elle se leva subitement me fit face et commença par me regarder, paupières fixées, comme une statue. De ses étranges yeux rouges, je remarquai une haine qui tournoyait dans le besoin d’être crachée dehors. J’imaginais alors que dans les secondes qui suivront je me ferai tabasser par une femme enragée, prête à me dévorer pour dissiper sa colère. Je me voyais déjà hurler de douleurs face à ses coups de poings dans mon ventre qui avait subi une opération chirurgicale récemment. Je songeais que je n’avais aucune arme pour m’opposer à sa colère qui versera d’un instant à l’autre toute sa teneur. Je transpirais. La peur m’avait arrachée les couilles. Je savais que la honte de se faire battre par une femme sera consommée d’un instant à l’autre. Je pensais au pire, quand une petite charge vint se poser sur mes épaules. Ne faisant plus attention à ce qui se passait autour de moi je me sentis dans le besoin de sursauter du fait de la fusée de peur qui venait d’agrandir mon inquiétude. C’était elle qui venait d’enlacer ses mains fraîches autour de ma taille. D’un coup magique mon corps en feu fit une chute brutale au point où la sueur qui y ruisselait n’était que fraîcheur coulante. Mon cœur lentement prenait déjà la route du rythme normal. On aurait dit un moulin éteint qui, en agonie, descendait vers l’accalmie. Valérie d’un ton glacé, toujours avec la même fureur dans le visage me chuchota à l’oreille. – Fais-moi l’amour! Je n’en revenais pas. Même Dieu n’aurait pas crû qu’elle dirait pareille chose. Hésitant encore sous le coup de l’incompréhension totale que me dictait son envie, elle m’emmena rapidement vers la chambre. Tout fut allé vite. Elle était si pressée qu’on n’eût même pas le temps de vouer au culte qui consistait à s’exciter davantage par les préliminaires. En réalité je n’ai jamais aimé cela. C’est elle qui y consacrait toute sa hargne érotique pour finalement être timide et naïve lors du coït, partie plus importante pour moi. Mais grande était ma surprise de la voir passer outre sa préférence. Elle m’avait juste mis délicatement quelques baisers au cou, s’était déshabillée, m’avait déshabillée et nous voilà déjà au combat. Nous nous étions mutuellement pénétrés, emportés comme une seule personne sur les hautes montagnes des plaisirs jamais lorgnés sur terre. Nous avions oublié le Monde et nous avons bien vécu. Je n’avais jamais souhaité revenir du point culminant de cet échange de sensations qu’est l’orgasme car il y faisait bon vivre. Nous avons passé des minutes formidables et paradisiaques. Du moins c’est ce que j’ai pensé tant elle avait l’air de jouir comme une folle. À la fin de nos ébats, elle resta couchée quelques minutes certainement essoufflée par ce moment court mais riche. Mais soudain elle se leva brutalement et enfila à la hâte une longue robe. L’inquiétude de tout à l’heure revint alors sous une autre forme. Elle est apparemment devenue folle. Qu’est-ce qui lui prenait la tête au juste ?

– Écoute moi bien Cossi, se mit-elle à dire, c’est fini entre nous. C’est la dernière fois, je dis bien la dernière fois qu’on partage ensemble du plaisir sexuel. Tu as bien fait d’ailleurs de jouir comme jamais tant je t’avais senti loin très loin.

Je ne pouvais lui donner la possibilité de continuer. Quelle ignominie raconte t-elle!

– Qu’est ce que tu racontes Valérie? T’entends tu ?essayai-je de balancer dans le bruit que faisait sa voix qui avait monté d’un cran.

Mais elle ne me faisait visiblement pas attention.

– Cossi si tu savais lire entre les lignes, si tu savais aller en profondeur puiser les faces déguisées des attitudes des gens tu allais comprendre depuis quelques jours que la fin n’était plus pour bientôt mais que tout avait pris fin entre nous. J’attendais juste la manière la plus drôle pour te l’annoncer afin de te rendre le coup. Tu m’as drôlement caché que les résultats des tests révélaient que procréer serait pour toi une montagne à déplacer. Maintenant je prends mon chemin à la recherche de ce qui est la raison d’être de l’amour et du mariage, l’enfant. c’est du moins ma façon de voir les choses.

– Ma chérie, tu ne sais pas tout…

– Que veux-tu m’apprendre que je ne sais déjà ?

– Laisse-moi t’expliquer…

– Tu peux te les garder tes explications. Ca fait des semaines que tu l’aurais fait. – Je ne voulais pas…reprit-je hésitant.

– Ton ami m’a tout avoué. Mieux, le spécialiste que nous avons consulté a confirmé. Tu ne peux pas procréer, Cossi tu ne peux pas.

Elle criait fortement. Elle sanglotait aussi. Subitement elle prit la porte et d’une brutalité digne d’une enragée comme elle, s’en alla. Je n’ai même pas eu droit de m’expliquer. C’était un jugement unilatéral. La terre tournait à mes yeux. Je me laissai choir sur le lit complètement sonné. Je ne savais plus quoi penser. Je regrettais de lui avoir menti sur les résultats des tests. Je les ai truqués exprès dans l’intérêt de notre couple et pour l’amour que j’avais pour elle. Il ne fallait pas qu’elle sache de sitôt que notre couple n’avait pas de chances d’avoir de descendants biologiques. Aujourd’hui, elle jette le tort sur moi parce qu’elle a appris de la bouche de mon meilleur ami que j’étais stérile. Mais que dira-t-elle quand elle réalisera qu’elle aussi n’avait pas les aptitudes pour avoir d’enfants ? Elle versera de chaudes larmes à en mourir. Si j’ai opéré des manigances sur les résultats c’est pour ça, c’est pour qu’elle ne succombe pas. Un couple dans lequel les deux époux sont stériles, dans les oreilles, ça sonne mal. Elle ne m’a pas donné la possibilité de tout lui avouer en même temps. Elle s’en est allée. Je pleure aujourd’hui seul sans espoir. Elle pleure certes dans l’espoir de faire prochainement un enfant. Et quand elle découvrira la vérité selon laquelle elle non plus n’était pas faite pour en porter un dans son ventre elle pleurera encore cette fois sans espoir comme moi aujourd’hui. Pourtant sans enfants je suis convaincu qu’on serait heureux.

FIN


Ferdinand Mitombahou

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Koffi Attédé, moi et mes espérances

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Il est arrivé, à la nomination des responsables à divers niveaux dans le secteur culturel, que nous autres artistes ou gens du livre ayons été obligés d’aller faire des recherches sur ces personnes… Tant elles sortaient de nulle part et leur nomination semblait essentiellement politique.

Mais le dernier Conseil des Ministres m’a semblé avoir accouché d’une décision sage qui s’inscrit dans la logique du « the right man at the right place. L’homme qu’il faut à la place qu’il faut ». Et c’est  dans cette dernière logique que justement je place la nomination de Koffi ATTEDE, homme du livre, à la tête de la Direction des Arts et du Livre (DAL) du Bénin. Lire la suite de « Koffi Attédé, moi et mes espérances »

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Note de lecture de Petit Jo, enfant des rues de MPOUDI NGOLLE Evelyne

INTRODUCTION

La littérature africaine d’inspiration française a connu une multitude de productions littéraires depuis sa naissance dans les années 1920 avec Les trois volontés de Malick de Mapaté Diagne à nos jours. Mais ce n’est qu’à partir des années 70 que la plume féminine va faire son entrée dans l’univers de la littérature négro africaine d’expression française. C’est ainsi que nous avons eu le premier roman signé d’une femme : Une si longue lettre de la sénégalaise Mariama Bâ. A sa suite, plusieurs autres femmes vont faire leur entrée dans l’univers de la littérature. Parmi elles, figure en bonne place Evelyne Mpoudi N’gollé avec ses deux romans. C’est donc l’un de ses romans, le second, Petit jo, enfant des rues, qui va faire objet d’étude dans le présent travail. Il s’agira pour nous de ressortir les différents aspects qui constituent la richesse de cette œuvre : les thèmes, la structure, le style, la portée, etc. après avoir parlé de la biobibliographie de l’auteure.

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Le Licencié / Lucie Charlène

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Prenant leur courage à quatre dents, leurs langues se délièrent enfin. La bouche, encore sous le choc restait ainsi figée, dans cette attitude connue que des âmes abattues.

Un vent souffla. La tempête se calma. La brise, plus fragile que les autres invités, sortit souffler. La nouvelle avait abattu tout le monde. On aurait pu faire main basse sur cette histoire si la brise, dans sa course folle, pour annoncer une certaine nouvelle, ne ramena avec elle, les bribes de paroles que les oreilles et les souvenirs essayaient d’oublier… «je suis impuissant… je suis impuissant…»

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Interview avec Daté Atavito Barnabé-Akayi, Prix du Président de la République 2017.

 

Daté Atavito Barnabé-Akayi, Entretien accordé à Grégoire Kouassi Folly.

 

 

  1. Bonjour monsieur Daté Atavito Barnabé-Akayi.

Auteur prolifique, vous êtes sacré, cette année  » Prix du Président de la République » pour votre pièce théâtrale « Le Chroniqueur du PR ». Mais avant de parler de ce sacre solennel, nous nous intéressons d’abord à votre casquette multidimensionnelle. Vous êtes enseignant, écrivain protéiforme, critique littéraire… Pour vous, qu’est-ce que cela signifie d’embrasser tous ces domaines à la fois ?

Bonjour cher jeune ami, bonjour chères lectrices, bonjour chers lecteurs auxquels je souhaite Santé et Accomplissement pour cette 2018. Je rends cette interview après le 8 mars et mon retour du Salon du livre de Paris, et je souhaite toutes les femmes libres et épanouies au même titre que les hommes : je souhaite harmonie et complémentarité pour l’Humanité. Je ne suis pas naïf au point de croire que chaque jour sera exclusivement bonheur mais je tiens à marteler que le bonheur est une décision personnelle. Et il faudra nous éduquer à être heureux, malgré notre existence tragique ! Lire la suite de « Interview avec Daté Atavito Barnabé-Akayi, Prix du Président de la République 2017. »

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Le mandat de Sembene Ousmane : une satire de la société africaine après les indépendances.

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Le mandat est le sixième livre de Ousmane Sembene. Il parait en 1956.

L’action se déroule dans un quartier de Dakar. Ibrahima Dieng est un  chef  de famille pauvre et au chômage qui vit ou plutôt survit grâce à des emprunts. La  misère est d’ailleurs la chose la mieux partagée par les habitants de son quartier ! Lire la suite de « Le mandat de Sembene Ousmane : une satire de la société africaine après les indépendances. »

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Ô Pays, mon beau peuple !_ Sembene Ousmane

 « L’amour ne se soucie pas plus de caste ni de race, que le sommeil d’un grabat. J’allais en quête de l’amour et je me suis perdu… »

Auteur : Sembene Ousmane

Editions : Presses Pocket

Genre : Roman

Année de Parution : 1957

Nombre de Page : 187.

O mon pays mon beau peuple

 

Avis personnel :

Ousmane Sembene était déjà à mes yeux l’auteur d’un roman profondément marquant et touchant (Les bouts de bois de Dieu) avant même que je ne me plonge dans une autre de ses parutions encore plus ancienne qui a créé en moi un tas d’émotions que je ne parviens pas à me le décrire à moi-même. L’auteur est intéressant à lire. Et le relire n‘est point ennuyant. Lire la suite de « Ô Pays, mon beau peuple !_ Sembene Ousmane »

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[Journée mondiale de la poésie] La naissance d’un poème / Désiré Godonou

Le 21 mars a été proclamé Journée mondiale de la poésie par la Conférence générale de l’Organisation des Nations-Unies pour l’éducation, la science et la culture, lors de sa 30° session, à Paris, en octobre et novembre 1999.
En savoir plus ? Cliquez ici.
A cette occasion, je vous propose ce petit poème sur le processus de genèse d’un poème.  Ceci dit, je prétends que la poésie n’est pas fille de l’intelligence. J’affirme souvent que le poète n’est  qu’un enfant de cœur. Je développerai ma pensée dans un article qui ne saurait tarder.
A votre  avis, qu’est-ce que la poésie? Comment nait-elle et quel est son rôle?  Pour qui écivent les poètes? Voici les réponses de quelques poètes béninois.

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TU ME TOUCHES, JE TE TOUCHE / Pelphide TOKPO

Tu me touches

La rumeur n’est pas sérieuse. Elle vous trouve toujours quelque chose. Elle pourrait vous faire avaler que vous n’avez plus de dent alors que vous êtes en train de mastiquer du maïs grillé. La rumeur, il faut se méfier d’elle, toujours et en tout temps. Car, donnez-lui une femme et elle en fera un homme, donnez-lui une injure et elle en fera une louange.

Le Président a changé, il y a trois jours, son gouvernement. Il a dissout le gouvernement. (Dans une grande bassine de rage, disent les mauvaises langues au quartier.) Mais je ne vous informe pas. Vous le savez déjà. Mais ce que vous ne savez pas et que moi je sais, enfin, ce n’est pas moi qui sais, mais je connais quelqu’un qui certainement connait quelqu’un qui sait. Vous savez ce qu’on dit au quartier : « On est riche de ses amitiés et connaissances. »

Donc je disais que ce que je sais et que vous ne savez pas est le « Pourquoi ? » accompagné de son cousin « Comment ? » de ce remaniement du gouvernement par le prégo. Oui, vous ne savez pas tout. En tout cas, les gens ne vous ont pas tout dit. Vous ne savez pas comment on en est arrivé là. Mais, je le sais maintenant. En tout cas, j’ai été à la source. Dame rumeur le sait. Elle sait comment et pourquoi le prégo a pris son arrache-clou, que dis-je ?… sa gomme pour abattre des noms de son arbre gouvernemental.

Il paraît que tout a commencé à cette récréation ministérielle, pardon, à ce conseil des ministres. Il paraît que personne ne sait quel moustique a piqué le Président, mais tout le monde l’a vu se lever. Il paraît que tout le monde a vu la silhouette présidentielle, agitée par, on dirait, un vent bacchusien, se dresser. Il paraît que tout le monde a vu la main présidentielle entrer en contact avec la joue gauche d’un voisin. Personne, à ce conseil, n’a eu besoin de ralenti pour reconnaître que c’était une gifle qu’on venait de prescrire. Le propriétaire de la joue réceptrice  de la gifle présidentielle est, ni plus ni moins, le Premier Ministre.

Mais comme on le dit, un grand n’est pas un petit, et un petit peut devenir grand. Et surtout, on n’est pas Premier-ministre-de-rien (comme on l’appelle au quartier) pour rien jusqu’à se laisser infliger une torgnole de la part de quelqu’un qui a une tempête dans les voiles, surtout quand dans le public ministériel qui assistait à ce spectacle, à cet exploit éthylique et « foliétique » (terme d’un académicien du quartier), il y a les maîtresses, les institutrices et les directrices du bras présidentiel, auteur de cet affront.

En observant, de là où IL se trouvait, ce qui a suivi la gifle présidentielle ce jour-là, ce bien-malin-de-son-père, engendré-mais-non-pas-créé, n’aurait rien trouvé à dire. Il n’aurait même pas crié à la violation de son principe sacro-saint : « Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends lui la joue gauche ». Il aurait tout simplement craché : « O mon Dieu de Père ! Quelle réplique ! »

Il paraît que, ce jour-là, le Premier Ministre n’a pas eu froid aux yeux. Il paraît que le Premier Ministre, affectueusement appelé aussi Premier ministre de rien – parce qu’il ne gérerait rien -, ne s’est pas comporté comme ce fameux Don Diègue qui, après avoir reçu un soufflet de rien du tout, de la part d’un tout aussi croulant que lui, était allé pleurnicher dans les bras de son fils, quémandant son cœur – son courage – pour essuyer cet affront. Il paraît que le Premier Ministre n’est même pas allé consulter le bokonon de son village, qu’il s’est juste remis à son bras actionné par une tête qui, selon ce qui se dit, serait mieux faite que celle que porte le bras présidentiel. Il paraît que le Premier-ministre-de-rien a pris feu et a roulé une belle pelle de gifle, taillée dans le style kpèdaah-tchéton (Selon l’expertise d’un Soweto du quartier : c’est un coup porté latéralement qui part du dos).

Je ne vous dis pas. La rumeur n’est pas sérieuse. Elle vous invente des choses pas possibles. Il paraît que, ce jour-là, la joue présidentielle n’a rien vu venir. Les yeux présidentiels n’y ont vu que du feu. Ils ont bu du rouge. Il paraît qu’à voir les jambes présidentielles ce jour-là, on aurait dit qu’elles ont bu du tremblimissiline ou qu’elles se sont souvenues des nombreux verres de scotch, de whisky, de vin enfouis dans leur système depuis des années. Il paraît que, à voir les effets de la gifle premier-ministérielle sur l’architecture présidentielle, on aurait dit que le Premier Ministre portait un de ces tilas[1] que vendent les babas[2] de von en von, de maison en maison qui ont la fâcheuse réputation de quintupler et même de centupler la force de celui qui le porte, et d’envoyer K.-O. tout adversaire, même Goliath. David aurait eu un de ces tilas qu’il n’aurait pas perdu assez de temps à actionner son fameux lance-pierre. Avec un de ces tilas attaché à son avant-bras, à sa hanche ou caché sous son caleçon, il aurait en quelques seconde envoyé Goliath rouler hors d’Israël rien qu’en touchant son ventre avec son plus petit doigt.

Il paraît que ce jour-là, le Premier ministre-de-rien n’a pas raté le prégo. Il a limé la dent au prégo avec une gifle digne de Lancelot, de Roland et de Soundiata Kéita. Il paraît que ce dernier a un cheval redoutable et que, tout petit, il a déraciné à lui tout seul un arbre. Il paraît aussi que le Roland, lui, sonne du cor comme personne ne sait et ne saura le faire mieux, et que son épée durendalienne, il faut, à part lui, deux milles personnes pour la soulever. Quant au Lancelot, il paraît qu’il a le code qu’il faut pour passer sur un pont qui a la largeur d’une lame de couteau.

Donc, je disais que le président aurait pu avoir une zen-attitude, ce jour-là. Il aurait pu exercer un self-control sur lui-même. Il n’aurait pas dû laisser libre cours à son instinct grégaire. Il n’aurait pas dû croire qu’il est le seul à détenir le secret de la gifle et de l’audace. Parce que, ce jour-là, il a rencontré garçon sur son chemin. Il paraît que le Premier-ministre-de-rien lui a montré ce jour-là que s’il a lui, le prégo, la combinaison secrète pour monter des gouvernements farfelus, des décisions idiotes et des limogeages à tous vents, lui le Premier ministre par contre, il a l’algorithme de la gifle mémorable, obélixienne ou astérixienne.

Il paraît que la gifle premier ministérielle était imparable, elle était du premier ordre comme le rang de monsieur le ministre. Il paraît que la gifle a été lumineuse, avec une vitesse de l’éclair. Il paraît que quelques secondes – cinq seulement – après le « kpa ! » de la gifle présidentielle, on a entendu un assourdissant et décapant « vaa ! » produit par la gifle premier-ministérielle. Il paraît que les autres yeux du conseil ministériel n’ont rien compris. Ils ont même cru un instant que c’était un jeu entre le prégo et son premier ministre de rien, parce qu’ils ont été des amis avant de se retrouver à la tête de notre village-national. Mais il paraît que ces yeux se sont très vite ravisés, et ont compris que c’était du sérieux, que les deux anciens bons amis – futurs bons ennemis – n’étaient pas en train de jouer à un jeu qu’ils jouaient quand ils étaient encore tout petits : le touche-moi-je-te-touche. Ils ont très vite compris que ce n’était pas du toc, que ce n’était pas de la télé-réalité mais que c’était du vrai, du lourd. Il paraît même que certains ont même voulu demander un ralenti, tellement les choses sont allées très vite.

Il paraît que sous le « Vaa ! » de la gifle premier ministérielle que le prégo a valsé, qu’il a tangué, qu’il a jerké, qu’il a fait un puis deux pas de Makossa, qu’il a esquissé même des pas du noudjiou-écriture, qu’il a tourbillonné comme un danseur de Zinli, qu’il a même coupé et décalé, qu’il a fait un jeu de jambe, qu’il a, ensuite, tenté de bloquer (à la Patson) avant d’aller s’affaler « vimm ! » dans le fauteuil de la ministre chargé du sexe féminin, de tous ses attributs et problèmes. Il paraît que madame le ministre n’a pas eu le temps même de quitter son fauteuil avant que le poids présidentiel ne vienne crasher sur elle. Il paraît aussi que la ministre ne s’était même pas sentie écrasée par le poids qui lui est tombé dessus. Il paraît qu’elle était déjà habituée à accueillir ce poids dans le secret des chambres d’hôtel, lors des missions.

Donc, je disais que le prégo s’était crashé sur madame le ministre. Il était tout groogy. Il avait été vaincu par K-O, comme sa dernière prouesse électorale. Il paraît que le prégo en atterrissant dans le fauteuil de madame la ministre avait plongé son nez et sa bouche dans la dépression qui sépare les deux importants reliefs de la poitrine de madame le ministre, qui était dans son plus beau et voyant décolleté. Il paraît que cet atterrissage, un peu spécial, a arraché, à madame le ministre, un succulent  « Ô Dieu du Ciel ! » accompagné des battements de paupières et d’un révulsement des yeux, puis elle serait tombée dans les mangues.

Il paraît qu’après avoir atterri ainsi, le prégo se serait mis à ronfler tout de suite après. Il paraît que c’était ainsi que le conseil ministériel prit fin. Les autres ministres s’étaient furtivement glissés hors de la salle du conseil pour ne pas avoir à subir la foudre présidentielle à son réveil. Il paraît que tous les autres ministres étaient sortis sauf le Premier Ministre détenteur de la gifle mégatonnique et giga-sismique. Il paraît qu’il se serait assis tranquillement – pas pour voir le roupillement prégodentiel. Mais il était resté là pour rédiger une lettre enflammée de débarquement du rafiot gouvernemental.

Il paraît que le prégo après s’être réveillé  a réglé les comptes jambes-en-l’air-tique à la veinarde de ministre pour lui avoir servi de terrain de crash. Et qu’ensuite le prégo serait tombé sur la lettre kamikaze de son ex-premier ministre-de-rien qui aurait pour titre: Ce que je crois ! Il paraît qu’après avoir lu la lettre, le prégo aurait pris feu et aurait hurlé : « Mais pour qui se prend-il, le petit ? Il pense me le jouer six en one[3] comme ça ? Non non et non ! Il a tiré dans l’Okpara[4]. Je suis le distributeur des cartes. Il ne peut pas démissionner. C’est moi qui dois le renvoyer. C’est moi ! C’est moi ! Je balaie le gouvernement aujourd’hui même. »

Eh, la rumeur ! A la suivre, tu finiras par vendre tes jambes pour marcher sur les rotules. En tout cas, je retourne à mon verre. Comme on le dit au quartier : « Le verre ne ment jamais ! »

Pelphide TOKPO                          

Inspiré d’une rumeur de 2013


[1] Amulette

[2] Vendeurs ambulants

[3] Rouler

[4] Fleuve méridional du Bénin : Il se trompe.