Publié dans Lu pour vous

Errance chenille de mon cœur, Daté Atavito Barnabé-Akayi

 

photo Errances chenille de mon coeur

Publié en 2015 aux Editions Plumes soleil, « Errance chenille de mon cœur »  de Daté Atavito Barnabé-Akayi a été un événement littéraire authentique dans le paysage littéraire béninois. Authentique de par l’imbrication de réseaux narratologiques qui donnent le ton dans ce roman. Authentique surtout de par le factuel béninois passé au peigne fin, à travers le miroir de Saniath, personnage-comptoir autour duquel gravitent les micros-récits de ce roman. Daté Atavito nous donne à lire un roman croustillant, atypique qui s’apparente à un puzzle de récits teintés d’un caractère génialissime. Ici, c’est Saniath, héroïne du roman, qui parle, raconte des anecdotes relatives à ses frasques sexuelles et amoureuses, et reste en compagnie des personnalités du paysage littéraire africain comme Florent Couao-Zotti, Appolinaire Agbazahou, Habib Dakpogan, Constantin Amoussou, Sophie Heidi Kam, Kangni Alem, Samiratou Alidou…

Mais à l’origine de ces élucubrations littéraires éclectiques et de ces vadrouilles érotiques du personnage féminin, un cahier. Comme un fil d’Ariane. Un cahier de journal à tenir, à l’instar de Toundi dans Une vie de boy, demandé par le psychologue ayant suivi l’héroïne atteinte de névrose. C’est du moins le point d’orgue qui a donné libre cours à la confession de cette nymphomane du siècle, qui est sortie tour à tour avec plusieurs garçons dont Akim, Léon, Dieudonné, Léopold, et tombe amoureuse de son professeur de français et même de Daté Atavito Barnabé-Akayi qui devient personnage libre dans son roman.

Errance chenille de mon cœur comme le journal d’un personnage érotique en quête de fortes émotions.

Saniath se présente dans le roman comme une jeune fille libertine et peut-être libertaire, vite émancipée, qui aime les vadrouilles sexuelles. Car, en repoussant certaines contraintes familiales et en se révoltant contre l’autorité de sa mère qui lui rappelle tout le temps les valeurs évangéliques de leur religion , c’est pour se consacrer davantage à ses aventures amoureuses avec ses petits amis puis avec son psychologue et enfin avec son professeur de français qu’elle aime passionnément. Elle n’hésite pas à le lui déclarer ouvertement : « je crois sincèrement que je vous aime, pardon, j’aime votre cœur. Je veux vous appartenir, éternellement. C’est fou comme je suis comblé les dimanches soirs et surtout quand nous sommes lundi. Du simple fait que je vais vous voir, non, pardon je vais suivre votre cours ». Le problème, c’est que Saniath est une nymphomane qui tisse des « liaisons dangereuses » parce que friande d’aventures érotiques, se passe d’amis en amis sans trouver son amant idéal. Et, après un détour, elle-même le reconnaît à la page 97 du roman : « Sinon la prophétie de mon professeur risque de s’accomplir. Quand il y a un an, j’ai porté une chemise sur laquelle est dessiné un papillon. Il me dit quand il l’a vu que moi, je suis pas fidèle ou que je ne serais pas sérieuse. Que je vais passer de mec en mec, sans jamais pouvoir me stabiliser. C’est vrai qu’il s’est exprimé ainsi peut-être pour rigoler mais c’est exactement le comportement du papillon. Et c’est ce qui se passe actuellement dans ma vie. »

Et tout au long du roman, elle sera en quête de fortes sensations amoureuses sans jamais pouvoir fermer la liste.

 

Errance chenille de mon cœur comme une diatribe sociopolitique et une réflexion sur le genre romanesque.

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« Errance chenille de mon cœur », c’est aussi un regard corrosif, teinté d’humour décapant sur l’actualité béninoise et ou/ africaine au quotidien qui n’est pas des plus reluisantes. Déjà dès les premières lignes de ce roman, avec le récit concernant le décès de François Mensah très jeune, on sent le pinceau de l’écrivain qui brosse le portrait au vitriol d’une jeunesse à qui l’on n’a pas donné le sésame de la vie. Une jeunesse béninoise ou africaine aux prises avec ses propres démons, et en déphasage totale avec les valeurs de l’éthique sociale. De la critique mordante du système éducatif béninois dévasté qui n’offre pas de meilleures conditions de travail et de vie aux enseignants, jusqu’aux situations cocasses et autres spumes qui jalonnent le climat social, en passant par le drame politique que vivent non seulement les Béninois mais aussi les Africains dans une démocratie enrhumée qui alterne le bâton et la carotte ( par exemple le printemps burkinabé qui a vu Blaise Compaoré chassé du pouvoir et qui a fini par restaurer l’unité et l’égalité des droits dans l’ancien royaume mossi ), le prosateur semble jouer à un touche-à-tout, en revisitant la toile sociopolitique. Si par le miroir de Saniath, il axe son pinceau sur la religion en révélant l’inanité de Dieu dans la vie, il n’en demeure pas moins vrai qu’il développe aussi une réflexion critique sur le genre romanesque qu’il subvertit en réinventant ses codes génétiques. Du moins, c’est ce que nous montre finalement la trame même de ce roman. Et pour Daté, c’est un genre trop facile, réservé aux « parvenus » et qui n’est pas si difficile à saisir contrairement aux autres genres comme la poésie, le théâtre, la nouvelle…qui sont nobles ou sacrés en quelque sorte. Errance chenille de mon cœur, un exercice de style fascinant. Par ce livre, Daté inaugure peut-être une sorte de nouveau roman béninois et s’inscrit dans la droite ligne d’autres écrivains importants africains comme Alain Mabanckou avec ‘’Verre cassé’’ et ‘’Mémoires de porc-épic’’. Et Malraux, dans ‘’Les Voix du Silence’’, ne semblait pas si bien dire quand il pense que « la raison pour laquelle tout génie s’élabore à partir de récents prédécesseurs est que chez ceux-ci, le ferment de création n’est pas encore épuisé. »

C’est l’impression que nous donne l’œuvre de Daté Atavito Barnabé-Akayi. D’abord, le langage oral, très oralisant qui multiplie les phénomènes de diglossie à l’infini (agbavia, étèee, fata, odjé…), parfois technologique comme les SMS. Et c’est sans évoquer ce réalisme poignant qui caractérisedes micro-récits entiers ou des chroniques qui sont racontés dans le même viseur, dans une atmosphère onirique. Retenons tout simplement que l’écriture, ici, est totalisante-j ’ai failli dire totalitaire-, en ce sens qu’elle a permis à l’auteur de dresser un portrait en kaléidoscope d’une société en pleine mutation. C’est un régal d’émotions et un exercice de style fascinant que Daté Atavito Barnabé-Akayi nous donne à déguster à travers ce roman de très bonne facture sociale.


 Rédacteur : Grégoire Kouassi FOLLY

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Rédacteur sur Saveurs livresques

Auteur :

Bienvenue sur saveurs livresques. Le blog littéraire qui ne constipe pas.

10 commentaires sur « Errance chenille de mon cœur, Daté Atavito Barnabé-Akayi »

  1. Beau compte rendu qui nous permet de mieux entrer dans l’univers intime de cette Saniath qui a un œil ouverts sur tout ce qui se passe dans le monde. Mais la question qu’on a envie de lui poser est de savoir si la chenille de son cœur c’est vraiment l’errance où sa pathologie dont Daté ne nous a pas dit si elle est guérie ou pas.

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