Publié dans Lu pour vous

Les confessions du Pr de Daté Atavito Barnabé-Akayi : quand un régime politique bascule dans un confessionnal !

Avec nos dirigeants qui  s’empressent de traiter de rumeurs tout ce que  la presse  révèle sur eux de honteux, qui n’aimerait pas espionner un président qui se confesse ? Quel meilleur moyen en effet pour savoir ce qu’ils nous cachent ?

C’est cette curiosité  qu’assouvit  l’écrivain Béninois Daté Atavito Barnabé-Akayi dans la très palpitante  pièce  « Les confessions du Pr »  paru en 2007. Elle est assez courte  et peut se  lire en une quarantaine de minutes.

Les confessions du pr

C’est pour se débarrasser   « de la peine qui fend son visage »  et « des  cicatrices de sueurs qui ruissèlent à travers son visage », que le président de la république veut se confesser.  C’est du moins ce qu’il prétend. Dire la vérité. Toute la vérité  et s’entendre dire les choses en face. Lui habitué aux flatteries  de ses ministres  et de son peuple.  Avec la complicité d’un de ses gardes, il parvient à s’exfiltrer du palais présidentiel pour venir s’agenouiller aux pieds de son confesseur…

Il parait  dans un premier temps très  humble et repentant. On aurait presque pitié de lui !

Cependant avant de commencer à dire ses propres péchés, il se fait d’abord le devoir de faire le procès de ses collaborateurs :   «  Je me suis entouré de spécialistes dont les neurones fonctionnent devant le CFA et tombent en panne devant les problèmes ».

Il n’épargne pas non plus son peuple : «  Le peuple sait seulement se soulever mais pas se révolter. Le peuple sait seulement voter mais ne pas choisir. Il aime voter. Surtout quand quelques billets de banque d’un proche sont promis ».

Il faudra toute l’habileté du prêtre pour lui faire enfin avouer ses propres  crimes.

On découvre alors un président assassin,  vaniteux, égoïste, voleur, menteur, misogyne, pédophile ! Pédophile.

Oui pédophile. C’est justement ce dernier péché qui le pousse à la démission. Ayant mis enceinte la fille de douze ans, du député de l’opposition l’honorable Lokpo, ce dernier lui fait du chantage pour le contraindre à démissionner.

« J’ai convié l’honorable Lokpo à un règlement à l’amiable. Je lui ai proposé de l’argent. Beaucoup d’argent. Des postes ministériels. Les meilleurs. Il les a refusés. (…) Il m’a imposé imposé la démission. C’est la seule chance qu’il m’a laissée».

Mais pour  le président,  pas question de démissionner.  Son plan est simple : éliminer le député et sa fille    mais aussi le prêtre qui a écouté sa confession.

Ce que le président ne sait pas c’est que sa confession est diffusée en direct à la radio nationale et sur les chaines de télévision.

 

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Les confessions du  Pr : la vérité toute crue étalée sur la place publique.

En choisissant le cadre de la confession comme décor pour sa pièce l’écrivain a souhaité sans doute  rendre un culte à la vérité.

Ainsi c’est sans réserve ni pudeur que le président avoue ses crimes.  On n’est choqué et déstabilisé par le manque de remords du président confessant ses fautes.Et il est intéressant de voir qu’en se confessant, c’est au fond tous les tares  de la société que le président dévoile sans langue de bois.

Aussi bien les dirigeants que les citoyens ordinaires  se sentent gênés par les troublantes  confessions du Pr ! Le voile de l’hypocrisie et du politiquement correct est déchiré : l’écrivain  place chaque catégorie de la population devant un miroir.

Le livre est écrit sur un ton ironique où flotte la dérision. S’il y a humour, il est noir, noir comme le cœur de l’homme en politique, noir comme les ténèbres de misères qui recouvrent les populations africaines.

Les thèmes abordés sont la soif du pouvoir, la perte de valeurs morales, la mal-gouvernance, la corruption . Ils sont traités à la lumière vive de la vérité et ne laissent aucun lecteur indifférent.

« Les confessions du Pr» parait en 2007 un an  après l’arrivée l’arrivée au pouvoir de Boni Yayi et  s’inspire assez de l’actualité du pays… Dans ce contexte, ce fut un livre osé.

J’ai aimé les saveurs de ce livre  En tant que pièce de théâtre, il a des atouts pour être aisément mis  en scène : le  nombre restreint d’acteurs (02) et le décor plutôt sobre. J’espère assister à une représentation.

En attendant, prenez et lisez !


Eurydoce Désiré Godonou.

Auteur :

Bienvenue sur saveurs livresques. Le blog littéraire qui ne constipe pas.

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