Publié dans Lu pour vous

Étude de  » Il était une fois la crise  » de Roger Ikor AGBOHO



Bonjour les gourmets de saveurs livresques. Décembre Mois du livre en milieu scolaire se poursuit.
Nous vous offrons aujourd’hui, un exposé  sur  » Il était une fois la crise  » de Roger Ikor Aghoho, qui est désormais inscrit au programme de Français pour les classes de Première C et D.

Il était une fois la crise : Nouvelles [texte imprimé] / Agboho Glèlè, Roger Ikor, Auteur. – Plumes Soleil, 2015. – 173p.; 18cm.

 





INTRODUCTION


Riche d’une kyrielle d’écrivains, la littérature béninoise d’expression française aborde plusieurs thèmes et plusieurs genres littéraires. Les écrivains de ces dernières années se penchent un peu davantage sur la nouvelle. Genre de la lecture immédiate, genre qui s’approche un peu plus à la réalité. Roger Ikor AGBOHO GLELE est un de ces nouvellistes béninois de l’époque actuelle. Son œuvre Il était une fois la crise aborde plusieurs thèmes dans un style à la fois simple et assez expressif. Que retenir de Roger Ikor AGBOHO GLELE et de son écrit Il était une fois la crise ?



Description bibliographique :
Il était une fois la crise : Nouvelles/ Agboho Glèlè, Roger Ikor,- Plumes Soleil, 2015.- 173p; 18 cm.

  1. BIOBIBLIOGRAPHIE DE L’AUTEUR
  2. Biographie de l’auteur


Nous ne disposons que de très peu d’informations de la vie de cet auteur. Roger Ikor AGBOLO GLELE, né en 1962, est d’abord un ingénieur en électronique. Il est nommé en septembre 2018 Ambassadeur du Bénin auprès de l’OIF, la structure par laquelle il a révélé ses talents d’écrivain en 1995.

 

  • Bibliographie de l’auteur


Il a actuellement à son compte trois ouvrages dont deux recueils de nouvelles Il était une fois la crise(1995) et Le traquenard amoureux(2015) et un roman Seblamèco, paru en septembre 2018 en France.

 

  1. RESUME ET ETUDE DES PERSONNAGES


Il était une fois la crise est un recueil de cinq (05) nouvelles. Nous ferons le résumé de chaque Nouvelle et présenterons les personnages juste après le résumé.

  • Il était une fois la crise


C’est la nouvelle qui donne son titre à l’ouvrage (c’est le recueil éponyme).La ville de Marouchoua de la République Démocratique de Tobolo vit des heures assez sombres d’une crise économique inouïe. Mêgnon, citoyen de cette République au milieu de ses vicissitudes économiques,essaie de joindre les deux bouts tant bien que mal. Le salarié se rend à la « Société Nationale de Banque » pour retirer cinq mille de ses sept mille deux cent francs qu’il ne parviendra jamais à percevoir. Il s’en suit une série d’évènements malheureux : Son emprisonnement, le suicide de son ami Bidégan et ses enfants, l’accusation de vol de son collègue Aïtin, la mort de sa fille Assiba (faute de moyens financiers pour payer ses soins). Après l’inhumation assez éprouvante pour les deux parents, il fallait oser quelque chose pour sortir de cette paupérisation assassine. C’est Vivo, la femme de Mêgnon qui décida de se prostituer pour garantir la survie des deux autres enfants. Heureusement, son audace a conduit à une fin heureuse grâce à un généreux qui voulut les aider et non d’assouvir une quelconque envie sexuelle, mettant ainsi fin à leur vie jalonnée d’épisodes dramatiques.

Les personnages de Il était une fois la crise :


Mêgnon : Il est un enseignant de mathématiques, fonctionnaire de l’État de la République démocratique de Tobolo. Père d’une famille de trois enfants, Mêgnon n’a perçu aucun salaire pendant huit mois.  Avec Vivo son épouse, il gage alors ses biens matériels contre de modiques sommes d’argent. Personnage assez révolté de la gouvernance totalitaire, il voit sa fille mourir par manque d’argent. Il essayera de tuer le Directeur de la Société Nationale de Banque, le culpabilisant de la mort de sa fille Assiba.

Vivo : Femme de Mêgnon et mère de Assiba, Bossou, et Tolidji, Vivo est une femme battante et une mère dévouée, avec un brevet d’études secondaires. Elle vit la misère avec son mari et leurs enfants qu’elle n’osa jamais abandonner. Elle pleura impuissante, la mort de sa fille Assiba et c’est son audace qui sauva la famille.


Aïtin : Ami et collègue de Mêgnon, Aïtin vit les heures lugubres de Marouchoua comme tout le bas peuple de cette ville. Enseignant bon teint, il finit par voler du riz, lassé de voir les siens et lui-même affamés.


Bidégan : Cet ami de Mêgnonse suicida après avoir tué ses enfants en absence de sa femme. Il ne supportait pas de les voir mourir d’inanition et décida de mettre fin à leur faim.


Colonel Tovoto : Colonel zélé de l’administration de Togolo, Tovoto est un homme dont l’unique perception de son patronyme terrorise quiconque. C’est un violent, un brutal qui n’hésite pas à faire tuer sa copine et son frère.

 

 

  • L’aveu


La jeune citadine Cica vit la fin amor (l’amour parfait) avec son prince charmant Sègnisso. Leur bel amour manque de porter ses fruits car la jeune sage-femme est dans l’incapacité de concevoir un être humain.Après maintes recherches, maintes révélations la renvoyèrent toujours à son père : « il te faut la bénédiction de ton père », page 76. En fait, ces Bokonons ;sont-ces de bonnes personnes ?Combien de fois allait-elle être bénie par son propre père ? Combien de fois allait-elle aussi l’affliger ? De nombreuses questions taraudaient son cerveau. Raisonnée par son amoureux Sègnisso, Cica finit par faire l’ultime sacrifice. Mais à chaque fois, son père déversait un torrent de larmes silencieuses. Un jour, on alerta la jeune sage-femme de son lieu de travail : Togla son père respirait ses dernières secondes sur terre et devait se libérer avant de se rendre à Allada. A l’arrivée de Cica, réunissant ses dernières forces, il lui marmonna son mea culpa. En effet, il avait cadenassé la fécondité de sa fille pendant sa jeunesse afin de lui éviter une grossesse juvénile et ne put retrouver le cadenas mystique ; condition sine qua non du recouvrement de la fertilité de Cica.


L’auteur laisse le lecteur sur sa faim : le couple va-t-il finalement réussir à concevoir ? Les réalités traditionnelles l’ont-ils emporté sur l’amour des deux tourtereaux ? On ne le sait pas ou peut-être ne le saura-t-on jamais …


Les personnages de L’aveu


Cica : Fiancée et promise de Sègnisso, Cica est une jeune sage-femme qui n’arrive pas à procréer. Elle affectionne son père si bien qu’elleévite de le blesser et de le contrarier.


Sègnisso : Fiancé de Cica, il est l’exemple de l’homme au milieu de la tradition et de la modernité. Il ne décourage pas sa bien-aimée mais fait de son mieux pour qu’elle prenne les bonnes décisions.


Togla : Affectueusement appelé « Daa » par sa fille Cica, le vieuxTogla est un imprudent qui a commis l’erreur de perdre le cadenas qui embrigadait la fécondité de sa fille. Il rendit l’âme après son aveu mais ne rendit certainement pas à Cica son dû.

 

  • Le désastre


Cette nouvelle aurait pu porter le titre de « Contrat ». En réalité, c’est l’histoire de Sètondé, un jeune homme d’affaires, véritable coureur de jupons jusqu’au jour où il fut charmé par Sèna qui le métamorphosa, du moins, pour ce que vaut le mot pour lui. Il croisa un jour Fakamè qui ne demandait qu’à être déposée chez elle. L’amour naquit entre eux jusqu’au jour où Fakamè lui annonça qu’elle était enceinte ; il ne voulut pas de cette grossesse et demanda un avortement exprès car son mariage avec la belle Sèna était en gestation. Fakamè s’opposa à ce projet et s’entêta. Dans sa quête de solution, Sètondé promit à la vieille Naga de la supporter jusqu’à la fin de sa vie. Fakamè n’enfantera jamais et ne survivra même pas. Les exigences de Naga exaspéraient Sètondé qui trouvait qu’elle en demandait de trop. Elle lui lança un sort : l’impuissance sexuelle. Il devait se faire pardonner ;mais la vieille Naga mourut avant l’ultime supplice de Sètondé. Désemparé et désespéré, il se suicida.

Les personnages de Le désastre

Sètondé : C’est un jeune homme d’affaire qui n’a pas fait les grandes écoles mais qui s’est bâti un empire financier impressionnant et une réputation épatante. Initialement véritable Don Juan, Sètondé se fiança à Sèna et eut une liaison avec Fakamè qui tomba enceinte. Il força son avortement, ce qui la tuera et il finit par mourir des conséquences de cet acte odieux.


Sèna : C’est la promise de Sètondé. Elle a une Jalousie excessive et sordide, ce qui la rend excellente fouineuse des randonnées de son futur mari. Irrévérencieuse, elle participa indirectement au malheur de son époux (après leur mariage) car c’est elle qui frustre la vielle Naga.


Fakamè : Elle s’éprit de Sètondé qui, par son irresponsabilité à reconnaître sa grossesse, la fera tuer dans un avortement tardif et fatal.


Naga : C’est la vieille aux pouvoirs maléfiques. C’est vers elle qu’a couru Sètondé pour l’avortement immédiat. Elle mourut en rendant Sètondé impuissant car il ne respectait pas les clauses de leur contrat.

 

  • Etrange destin

La jeune, belle et studieuse Afiwa, espoir d’une famille orpheline de père est assassinée par le stupide amoureux de vingt ans Noumon. L’esprit de la défunte le hanta jusqu’à la confession de son forfait et sa mort. En effet, ayant appris la vertu des plantes, il décida de l’essayer sur Afiwa qui avait refusé ses avances. Mais son absence causa la mort de celle-ci et il rejoignit le royaume céleste après cette déclaration publique.


Les personnages de Étrange destin


            Afiwa : Adolescente, élève studieuse et splendide, Afiwa est l’ainée d’une famille dont le père est mort il y a quelques années. Elle refusa Noumon qui lui lança un sort mystique fatal.

            Noumon : Elève de vingt ans dans la même classe que Afiwa, il est à l’origine de la mort de sa camarade dont il était amoureux.


            Tonton Jim : Sa maîtrise en Sciences Economiques en poche, il cherche vainement d’un emploi. C’est un parent de Afiwa qu’il verra mourir devant lui. Il était aussi présent lors de la confession de Noumon avant sa mort.

 

  • La force de l’amour



Don Juan Fred Toïmèdé n’a de cesse que de retrouver la ravissante et sensuelle Chimène qu’il a vue le temps d’une minute à la plage. La retrouver devint une obsession du corps, de l’esprit ; de l’être de Fred, en un mot. On aurait dit qu’il lui vouait un culte, au grand dam de ses études. Il parcourut les établissements de la ville après de multiples exclusions scolaires. Le fainéant Fred rendait malheureux ses parents qui décidèrent de ne plus s’en soucier.Les choses furent telles jusqu’au jour où il se retrouva dans la même classe que sa dulcinée. Mais cette dernière ne le « calculait » même pas. Il comprit que sa seule chance serait de se faire remarquer par de bons résultats scolaires. Fred entreprit donc de changer d’attitude et de prendre son avenir en charge. Il réussit ce projet qui semblait utopique et parvint à conquérir le cœur de sa convoitée. Ses parents, informés de l’importance de Chimène dans la métamorphose de leur fils, décidèrent qu’ils iraient ensemble en Europe poursuivre leurs études universitaires.


            Les personnages de La force de l’amour
            Fred : Il est un jeune élève du second cycle. Fils d’une famille riche et populaire, Fred aime les filles. Son existence était intrinsèquement liée à la femme.Il se montre alors véritable fainéant. La rencontre de Chimène bouleverse cette règle et change sa vie : il devint un élève travailleur et studieux. Fred Toïmèdé réussit au Baccalauréat avec une excellente moyenne et décrocha le titre de l’élève de l’année.
            Chimène : Elle est l’élève qui changera la vie de Fred. Elle est une fille assez simple et réservée. Ils continueront leurs études universitaires en Europe pour ne plus jamais se quitter.

  1. ETUDE THEMATIQUE ET STYLISTIQUE
  2. Etude thématique


Souffrance / Misère


            C’est le thème principal de l’œuvre. Les personnages de la nouvelle Il était une fois la crise souffrent et vivent dans la misère à Marouchoua« capitale de l’un des pays les moins avancés du monde » (p.12). Ils souffrent du manque de nourriture et de moyens financiers ; ils souffrent de la répression policière. Tout dans cette nouvelle est empreint de souffrance et de misère comme le témoigne la description de l’ambiance chez Mêgnon (p.18-20).Dans l’Aveu, la souffrance devient bipolaire : Le vieux Toglasouffre moralement et psychologiquement à cause de son erreur et sa fille souffre de ne pas pouvoir procréer. La mort brutale et subite de Afiwaporte un coup à Jim dans Etrange destin. Les Toïmèdé souffrent des mauvais résultats scolaires de leur filsdans La force de l’amour.



Mort/ Suicide


            Nous avons la mort de plusieurs personnages dans ce recueil de nouvelles. Assassinat d’un frère étudiant et de sa sœur au poste de police, suicide de Bidégan et ses enfants, mort deAssiba, de Togla. Certaines morts sont plus pathétiques (étudiants, Assiba et Bidégan et ses enfants) et d’autres moins (Togla qui était d’un âge avancé).


L’amour / Passion

La passion incarnéepar Cica et Ségnisso est assez singulière. Le nouvelliste traite d’une autre passion, celle de Fred, qui va naître à l’amour dans La force de l’amour. On peut accorder au mot « passion » son sens religieux, car Fred, converti aux vertus de l’amour, voue un véritable culte à Chimène, et reste seul, abandonné etpensif à elle. Heureusement cette Chimène est un double aboutissement dans la vie de Fred : aboutissement scolaire et aboutissement sentimental.

 

  • Étude stylistique l’auteur


Roger Ikor AGBOHO GLELE utilise un style simple et tempéré. Avec la clarté et la convenance de ses termes, l’auteur fait usage de la pureté du vocabulaire, car l’efficacité de la clarté repose sur la précision et la sobriété des effets, loin de tout ornement excessif comme les métaphores rares ou les périodes narratives compliquées.Dans ses nombreuses descriptions (Marouchoua (p.11-12), portrait de deux enseignants (p.13), description d’un village (p.73) l’ambiance du port (p.93-94), portrait de Fred (p.144-145) et de Chimène (145-146), etc.), il emploie les métaphores simples et des métonymies accessibles, car il recherche la variété et la séduction ; il cherche à plaire le lecteur.

Nous avons relevé quelques figures de style : L’hyperbole : « Cette information provoqua un vacarme assourdissant » (p.16), le pléonasme : « Je l’ai vu à l’hôpital de mes propres yeux » (p.43-44), la personnification hyperbolique : « Cica […] regardait anxieusement les larmes que le ciel déversait » (p.89), l’hyperbole : « Une pluie s’abattait sur la ville » (p.98), l’assonance : « L’averse se déversait sur le sol résigné avec une férocité joyeuse », l’antithèse : « … l’incessante pluie avait cessé » (p.123), la métaphore : « un silence de cimetière » (p.135), l’euphémisme : « Il venait de plonger dans le sommeil éternel à l’âge de vingt ans » (p.138).


À la page 139, un court poème extrait de Souffles de Dirago Diop s’y trouve ; on parlera d’intertextualité.

En outre, la description de Marouchua donne à voir, mais aussi à comprendre avec beaucoup de détails. Tout dans cette première nouvelle conduit à l’implacable conflit entre le besoin et survivre et la misère, paroxysme qui dure longtemps dans une grande proportion du recueil de nouvelles. Proposant une vision pessimiste d’un monde étouffant, déshumanisé par l’implacable loi du besoin de survivre, d’un monde aliéné et sans âme où l’amour s’étiole, Il était une fois la crise tisse sur la trame de la quotidienneté béninoise de la période révolutionnaire. Le dénouement ne nécessite pas un long développement.


CONCLUSION


            Au demeurant, il est à reconnaître que Il était une fois la crise de Roger Ikor AGBOHO GLELE aborde plusieurs thèmes et que la somme de ceux-ci fait de cette nouvelle une nouvelle noire à cause des thèmes graves qu’elle aborde (la misère, la mort,…). La première nouvelle est l’oiseau de mauvais augure ; mais la dernière redonne espoir et fait croire en un avenir bien meilleur. Les descriptions de l’auteur sont compréhensibles et le registre s’adapte au niveau de l’élève moyen.


Références bibliographieques
Roger Ikor AGBOHO GLELE, Il était une fois la crise ; Plumes Soleil, Cotonou/Bénin, 2015 ;Michel JARRETY, Lexique des termes littéraires ; Ed Gallimard, Espagne 2006


Par Foubo Sacré Toum.

Auteur :

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