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Interview avec Jean-Paul TOOH-TOOH

En 2008, un recueil de poèmes, « Ivresse virginale« , suivi d’un recueil de poèmes, »Les ombres tropicales », en 2009 révélait Jean-Paul Tooh-tooh, un jeune auteur béninois, qui par la suite a affirmé son talent, tant dans la nouvelle,- avec  » Les serveuses de fantasmes « , que dans le théâtre, avec  « Il faut battre l’amour quand il est fou ». Enseignant de français dans les lycées et collèges, et poursuivant ses études en Lettres modernes, il nous donne à lire, ici  ses curiosités, sa passion littéraire.

jptoohtooh
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 Saveurs livresques : Commençons  par une question simple, et peut-être banale : comment êtes-vous venu à la littérature ?

Jean-Paul Tooh-tooh : La littérature ! C’est depuis l’enfance. C’est depuis le collège que je lisais beaucoup. C’est un exercice qui m’a toujours charmé. J’allais en vacances chez ma tante, et  là-bas, je voyais déjà des étudiants qui s’adonnaient à la chose. Et ça m’a plu aussi. Déjà en 6è et 5è, je lisais beaucoup. Et quand je passais de la 6è en 5è, il y avait des prix, des remises de prix que l’établissement organisait. Et comme je faisais partie des meilleurs, j’étais premier de ma classe, on m’a offert un lot de fournitures. Dans le lot, il y avait beaucoup de livres, des romans, des recueils de nouvelles. Je peux même en citer : il y a « La femme du  mari inconnu » d’Edgar Okiki Zinsou que j’ai beaucoup lu. C’est à partir de là que j’ai commencé par développer des aptitudes d’homme de lettres que je suis aujourd’hui. Cela s’est affiné avec le temps. Déjà en classe de troisième, si j’ai bonne mémoire, j’ai commis ma première nouvelle. Je ne me souviens plus du titre. Mais c’était une nouvelle que je faisais lire à tous mes professeurs qui, m’encourageaient, me corrigeaient, m’orientaient en fait. Entre-temps, je militais beaucoup dans ce  qu’on appelle, « les sections ». C ’est-à-dire que par semaine, on dédiait deux heures pour des activités culturelles.  J’y étais très actif. Il y avait deux sections que j’ai faites : la section théâtre et la section Génie en herbe. Donc , je n’ai pas lâché. Cela a continué jusqu’à ce que j’aie un bac série littéraire, et  que je fasse des études littéraires à l’Université.

S.L : Votre pièce « Immigritude«  a été publiée dans le cadre du concours littéraire Plumes Dorées dont vous avez obtenu le 1er Prix en 2009. Cette distinction a-t-elle été déterminante dans votre carrière ?

J-P.T : Oui, cette distinction a été déterminante. Parce qu’au moment où je fais quelque chose, et qu’à un moment donné de mon histoire, cela a été reconnu par une instance de légitimation littéraire, ça ne peut que me réjouir. De toute façon, cela a boosté ma passion d’aller de l’avant. Cette distinction m’a donné l’envie de viser loin.

S.L :  Jusque-là, vous êtes auteur de pièces de théâtre, de recueils de nouvelles, et de poèmes. Mais pas un seul roman. Dites-nous, avez-vous une autre opinion de ce genre ? Ou bien devrons-nous attendre un opus dans ce sens ?

J-P.T : Non, en fait, je n’ai pas une autre opinion de ce genre. Mais ce que je  sais, déjà en 2018, il y a mon premier roman qui va paraître.

S.L : A quoi devrons-nous, nous attendre pour ce premier roman ? De la politique ?

J-P.T :   Non, je préfère surprendre mes lecteurs.

S.L : Vous avez commencé par publier de la poésie depuis 2008. Et avec votre récente publication, « Cahier d’un détour au pays fatal », vous vous annoncez comme l’une des figures de proue de la Névralgie, un mouvement qui aurait pu connaître un succès retentissant. Mais rien. Que s’est-il passé ?

J-P.T : Oui, il y a eu un mouvement comme ça, qu’on a appelé Névralgie. Nous étions trois : il y a Constantin Amoussou, Rodrigue Atchahoué et moi-même. Bon, c’est un mouvement qui est né comme ça, suite à une révolte par rapport à ce qui se faisait sur le plan politique, sous Yayi Boni.  Donc, nous l’avons dénommé Névralgie. Et on se voyait, chaque fois pour réfléchir sur comment mettre la poésie au service d’une revendication sociale. Le mouvement est bien né,  mais il a été étouffé par les occupations des uns et des autres. A un moment donné, nous avons manqué de temps pour propulser notre force. Il fallait que chacun se cherche. Donc, le mouvement n’a pas connu le succès qui lui est dû. Néanmoins, sous la bannière de ce mouvement, il y a eu quelques publications poétiques. Il y a Constantin Amoussou qui, dans cette veine, a publié Hydraulique de mes paupières,  et moi aussi , qui ai publié  Cahier d’un détour au pays fatal . Donc, je ne dirai pas que je suis la figure de proue de ce mouvement, mais j’en fais partie tout simplement. Un peu comme Césaire fait partie de la Négritude.

S.L : Pensez-vous qu’il soit trop tard pour redonner vie à ce mouvement ?

J-P.T : Non, c’est possible. Puisque ce que nous avions défendu, ce que nous défendions est toujours d’actualité, on peut faire renaître ce mouvement. On peut l’exhumer. Et je crois même en cette exhumation.

S.L : Parlons de poésie. Tout à l’heure avant que nous ne commencions l’interview, et parlant de votre poème-ruban Cahier d’un détour au pays fatal, je faisais remarquer que votre poésie, à la limite incantatoire, jusque dans sa guise de transposer et de transmuer chocs émotifs, tensions internes, sensations perçues et images ressenties, opte pour un dépassement des « armes miraculeuses » de la négritude. Et là, vous avez été sans confusion : vous ne le saviez pas. Est-ce de la modestie ?  Dites-nous, ce que vous pensez de la poésie.

J-P.T : Non, en fait, c’est des positions de critiques. Moi, je ne sais pas ce que j’ai fait. Mais tout ce que je sais, c’est que j’ai été piqué par une mouche, à un moment donné. Et cela a généré le texte. Maintenant, je peux donner une définition à mon texte. Mais elle peut être battue en brèche par les critiques. Donc, du coup, je ne peux pas dire que mon texte s’inscrit dans tel courant littéraire.  Mais tout ce que j’avais envie de faire en publiant ce poème ruban, c’est d’écrire l’âme  et l’identité africaines.  C’est d’apporter de nouvelles paroles à ce qui a été dit jusque-là, en poésie. Bref, c’est d’apporter une poésie qui rend compte de l’actualité, des enjeux d’aujourd’hui, des luttes d’aujourd’hui, des défis d’aujourd’hui, qui ne sont pas forcément des défis d’hier.

S.L : Les nouvelles de vos recueils, « Les serveuses de fantasmes »  et « Les Amours incurables », à l’analyse, sont relativement courtes. Trois ou quatre pages pour la plupart. Et quelque part, vous-même, vous parlez de nouvelle-instant !

Dites-nous, quelle est votre conception de cette forme littéraire ?

J-P.T : Oui, je crois quand on faisait l’université, nos professeurs nous disaient que la nouvelle est un genre très exigeant, à cause de la brièveté de l’histoire, et de sa force métrique. Oui, je pense que l’histoire d’une belle nouvelle (mais c’est ma position !) doit aller plus vite. Je ne me vois d’ailleurs pas entrain de produire une longue nouvelle. Moi, je m’inscris dans cette tendance.  Quand je me mets à écrire une nouvelle, je  veux vite chuter, j’ai envie de savoir ce qui adviendra de la fin. J’aime surtout quand  c’est court, concis.  C’est ce qui fait que mes nouvelles sont souvent brèves.  Aujourd’hui, l’enjeu, c’est d’amener les gens à lire. En tout cas, amener le public africain à beaucoup plus lire. Et pour y parvenir, je pense qu’il serait bien de lui proposer des textes courts. Puisque c’est des histoires croustillantes, il faut qu’elles soient vécues dans l’urgence.

S.L : On constate que le thème de la sexualité ou des déviances sexuelles (homosexualité, prostitution, …) est récurrent, ou presque prégnant dans votre œuvre. Pourquoi ce centre d’intérêt ?

J-P.T : Oh, ce centre d’intérêt est lié à l’actualité. Avec le phénomène de l’urbanisation, avec le développement des villes…etc, on a assisté à un certain nombre de dérives, de déviances. Observez un peu la ville de Cotonou et autres, observez nos sœurs qui se livrent à la vente à la criée de leurs entrailles sexuelles. Observez un peu ce qui se passe aujourd’hui, et vous verrez que la pratique du sexe a pris des proportions inquiétantes.  Et c’est pour restituer  cela, que je me permets de plonger ma plume dans cet encrier-là. Moi, je suis sensible à cela.  Quels rapports nous lient au sexe ? Je crois que vous avez la réponse… On me dira que cela a toujours existé depuis la nuit des temps. Oui, d’accord ! Mais quand on se réfère à notre contexte, est-ce que c’est toujours la même chose ? On me dira, pourquoi je m’intéresse tant à cela. C’est parce que je suis sensible à cela.  C’est ma sensibilité qui est en jeu là. Bon, pourquoi je ne  suis pas sensible à la vie politique ?

Encore que, quand j’aborde le sexe, il y a certaines de mes nouvelles pièces de théâtre qui partent d’un enjeu sexuel, mais aboutissent à des préoccupations politiques. D’ailleurs, à chaque que j’écris, il m’a toujours plu de trouver un compromis inattendu entre le sexe et la politique.

S.L : Et là, vous faites, par exemple, allusion à votre nouvelle « Devoir de cuissage » dans Les Amours incurables !

J-P.T : Oui, exactement.

S.L : Quelles difficultés avez-vous rencontrées pour la publication de vos ouvrages ?

J-P.T : Bon, je n’ai pas de difficultés en tant que tel. Peut-être, pour mon premier ouvrage. J’ai eu de  difficulté à trouver un éditeur. Mais après, j’ai compris le monde éditorial, et  depuis lors, tout se passe bien comme sur des roulettes.

S.L : Aujourd’hui, on constate que le débat autour de la nationalité, de la « préférence nationale » est houleux…au point où on ne parle plus d’auteur africain, d’un intellectuel africain, mais plutôt d’écrivain béninois, d’intellectuel congolais. Sûrement, vous avez votre petite idée sur ce constat. En tant qu’écrivain, qu’en pensez-vous ?

J-P.T : Moi, je crois que tout homme qui écrit appartient à un espace donné. Et cet espace s’explique forcément dans son œuvre. C’est toujours visible dans son œuvre consciemment ou inconsciemment. Que tu le veuilles ou non, tu écris forcément de quelque part. On aimait un cri. Et moi, je considère la littérature comme un cri. Ce cri est émis de quelque part. L’écrivain appartient à une situation, à un espace géographique bien défini. Forcément ! Le reste, c’est de la pure spéculation. C’est  du bavardage inutile.

Et tout ce que moi j’écris, il y a, là-dans l’expression de mon subconscient, de mon inconscient.  Et le professeur  Adrien HUANNOU  l’a dit. Dans l’œuvre de tout écrivain, transparaît toujours une âme africaine, s’il est Africain. Qu’il le veuille ou non.  Donc, c’est une question d’ancrage dans un terroir donné.  Quand on me dit que je suis un écrivain universel, d’accord !  Mais tu viens forcément de quelque part, tu es né quelque part.  Donc, moi, je pense qu’on appartient d’abord à un lopin de terre avant d’appartenir au monde.

S.L : Sur ce, quels sont vos auteurs préférés ; d’abord à l’étranger ? Puis au pays ?

J-P.T : J’ai aimé le style d’une femme des lettres mauriciennes, Ananda Dévi qui  a écrit Moi, l’interdite. J’aime également Césaire. Le problème est que je ne conserve pas les mêmes goûts.

Au pays, je n’ai pas de préférences. Mais je lis tout, en respectant chacun dans sa façon d’écrire !

S.L : Que nous conseillez-vous, nous qui voulons cultiver les muses comme vous ?

J-P.T : La lecture, tout court.

S.L : Parlons toujours de vous. Vous avez assisté au festival de cultures vodun, à Bruxelles, en Belgique en 2016. Comment a été votre séjour?

J-P.T : Mon séjour a été bien. C’est le gouvernement béninois qui m’a envoyé en mission, dans le cadre de l’écriture. Je suis parti donc, pour assister au festival de cultures, principalement celle béninoise. En tant qu’écrivain, j’y suis allé pour restituer ce festival à travers un ouvrage.

C’était, en effet, sous la bannière des éditions SOROFA dont je suis d’ailleurs le Directeur éditorial, j’ai été désigné pour participer à ce festival qui s’est déroulée du 22 au 23 Octobre 2016. Mais mon séjour s’est prononcé beaucoup plus ça. On a eu des séances de travail et autres.

S.L : Une dernière question ! Laquelle eût pimentée cet entretien : Que feriez-vous si, un jour, vous disposiez du pouvoir absolu ?

J-P.T : Bon, je vais redonner à la littérature béninoise ses lettres de noblesse, à travers la structuration du secteur, et à travers une meilleure diffusion  du livre.


Propos recueillis par Grégoire K. FOLLY.

 

 

 

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Entretien avec Tatiana CAPO-CHICHI responsable du Club de Lecture et d’Art Oratoire Mini-Leaders.

Au petit enfant, donnez le petit livre disait Victor Hugo. A l’occasion de la Noël, saveurs livresques pense que le meilleur cadeau que vous pussiez faire à votre  enfant  ou jeune frère, sœur, neveu ou nièce, c’est un livre.

Mais vous pouvez faire encore plus, l’abonner à une bibliothèque ou à un club de lecture, par exemple.  Afin que pour le meilleur et par les livres, il  développe ses facultés et forge sa personnalité.

A l’occasion de la  Noël, nous vous proposons de découvrir à travers cette interview, une institution qui ambitionne de se baser sur les livres pour faire de votre enfant un vrai leader.

Ne nous remerciez pas, les enfants méritent le meilleur !


S.L: Bonjour madame. Saveurs livresques est très honoré de vous accueillir. Pouvez-vous, vous présenter à nos lecteurs ?

T.C : Bonjour Saveurs livresques. Je suis Tatiana CAPO-CHICHI, Spécialiste-Consultante en Gestion des Ressources Humaines, Coach et Formatrice en développement personnel.IMG-20171222-WA0007

S.L : Pourquoi Les Mini-leaders ?

T.C : Les Mini-Leaders parce qu’être leader n’a pas de limites d’âge. De nombreuses personnes n’apprennent à agir en tant que leader qu’à l’âge adulte et ont d’ailleurs du mal à prendre ce nouveau pli. Il est important de transmettre à nos enfants, dès le jeune âge des aptitudes qu’ils pourront cultiver tout au long de leur vie car c’est maintenant que la vie d’adulte se prépare. Par ailleurs, notre pays a besoin de docteurs, d’architectes et de d’agronomes. Mais l’idéal ne serait-il pas que ce beau monde soit doté d’une carrure de leader ?Mini-Leaders pour dire que le leadership peut se forger très tôt puis se renforcer au fil des années.

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