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Brice a brisé mon foyer/ Désy Ray

 Quand j’ai commencé par sortir avec Cassandre, maman m’a recommandé  d’être prudent quant à nos fréquentations.Elle m’exhorta à ne pas laisser n’importe qui entrer dans notre relation.

Papa de qui j’ai hérité la parodie disait même  » dis- moi qui fréquente ton couple et je te dirai qui va briser ton foyer. »

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LA PROMISE / Lucie Charlène

La promise

Jamais il n’eut affluence plus grande dans le village Totché. Depuis trois jours que l’oracle a fait cette prédiction, le roi ne cesse de recevoir à sa cour des prétendants pour – il faut le souligner la main de la jeune Princesse ne les intéresse pas trop – le trône royal. Ce qui étonna fort les habitants de Totché. Personne ne peut dire qu’elle n’était pas au courant de la laideur légendaire de la Princesse. Elle pouvait disputer allègrement la première place à la créature la plus hideuse de l’univers, la place, lui reviendrait de droit. Cette laideur faisait même fuir les bêtes sauvages de sorte qu’on n’en vit jamais dans le village qui pourtant avoisinait la forêt. Ce retournement brut de situation étonna tout le monde. Chacun voulait percevoir le dessous de cette affaire d’attirance subite pour la laideur. Mais ce que les villageois avaient oublié c’est que trois jours plus tôt, le grand prêtre de Fâ avait fait une révélation qui occasionna ce grand empressement des prétendants. La place était noire de monde, une noirceur qui ferait douter la nuit de la couleur de sa robe. Lire la suite de « LA PROMISE / Lucie Charlène »

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Lettre à mon ex Par Désy Ray

Lettre

« J’y pense et puis j’oublie.

J’y pense encore plus quand je suis seul la nuit

Et quand ton souvenir

Revient me faire souffrir

Très vite j’y pense et puis j’oublie. »

Claude François, J’y pense et puis j’oublie.

25 octobre 2017-29 octobre 2018. Un an déjà. Un an et plus, mais ce n’est qu’aujourd’hui que j’ai réalisé le triste anniversaire.

Disons donc, dernier mercredi d’octobre 2017- dernier mercredi d’octobre 2018. Un an, mois pour mois, et jour de la semaine pour jour de la semaine que je ne t’ai plus vue. Tu étais ma belle, ma blonde, ma dominante, ma…

Un an de séparation définitive… Certes à plusieurs reprises, au risque de me faire prendre pour un fou, je t’ai confondue à d’autres avec lesquelles tu avais une troublante ressemblance.

Je me précipitais alors, sourire au cœur, stress aux lèvres pardon je ne sais plus ce que je dis. Bref, cela ne m’a pas été du tout facile cette année sans toi.

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Miroir, mon beau miroir / Lucie Charlène

Aujourd’hui, et comme à chaque fois, Lucie Charlène nous entraine, avec sa plume glaçante dans un monde étrange, où être ange ne suffit pas pour être heureux. Surtout si on possède un miroir ! Consommez et laissez-nous vos avis, si vous voulez bien…

***

Miroir, mon beau miroir

La formule de la reine Régina ne fonctionne pas toujours dans le même sens. Miroir, mon beau miroir, tu me réserves quelle frayeur aujourd’hui ? Cette phrase résume mon cauchemar. Oui, je sais que mon histoire vous paraîtra tirée par les cheveux mais je vous le jure, c’est la pure vérité. Je ne suis pas folle. Aucun de mes sens ne me trompe. Je vous assure être en possession de tous mes moyens…
Cette histoire je l’ai racontée  plus de mille fois mon ami. Tu es désormais la seule personne à qui je voudrais bien me confier. On me dit folle, mais je suis pourtant consciente de tout ce que j’ai vu ce jour. J’en suis bien consciente. Tu sais depuis bientôt douze mois, je ne sais plus à quoi je ressemble. J’ai peur du miroir. Ou du moins, je ne sais pas. Je ne sais pas trop ce qui m’effraie. Les médecins m’ont fait dire la même histoire des milliers de fois. J’ai cessé de parler au vent, le jour où je me suis rendue à l’évidence qu’il ne me prenait pas au sérieux. J’ai fait le tour de trente centres psychiatres  en moins d’une année. En moins d’une seule année, je connais sur le bout des doigts tous les psychiatres du pays. Mon ami, je te disais que j’ai peur du miroir. Le miroir n’était que le début de mes cauchemars. Ecoute-moi…
Il était 20h, je revenais de chez ma coiffeuse. J’étais belle à croquer mais les tresses me faisaient très mal. Comme on le dit, il faut souffrir pour être belle. Je pris un antalgique pour calmer la douleur. J’avais mal certes, mais j’étais si satisfaite de ma tresse que je ne cessais de me mirer. Tu connais bien la formule magique, « miroir, mon beau miroir dis-moi qui est la plus belle »… Pour ne point être dérangée, je pris la peine de fermer la porte à double tour. Je m’étais assise devant le miroir faisant toutes les mimiques possibles. J’étais seule dans mon appartement. Je m’ennuyais. Alors je me suis mise à parler à cet autre moi que je voyais dans le miroir. Je me parlais, souriant et fronçant les sourcils. Ce fut à cet instant que je remarquai une petite tâche noire sur mon beau miroir. Je saisis mon sac à main, en pris un torchon et me dirigeai vers le miroir. Mais ce fut au moment où je m’attelais à enlever la tâche, que quelque chose d’étrange se produisit. Le moi réel nettoyait le miroir, mais le moi virtuel faisait autre chose. Un miroir n’est-il pas censé refléter la réalité ? Mais ce miroir ci faisait autre chose. Une douce frayeur s’empara de tout mon être. J’en demeurais paralysée. Je ne pouvais ni crier, ni faire le moindre geste. Je fis un effort surhumain pour me passer la main dans les cheveux, attendant la réaction du moi du miroir. Comme il faillait s’y  attendre, le moi virtuel au lieu de se passer la main dans les cheveux, mit la main à la tempe et me lança dans un rire narquois : ‘’Tu es pathétique ma chérie ! ‘’La seule chose dont je me souviens après fut d’avoir poussé un cri strident.
Le lendemain matin, je me suis réveillée dans ma chambre. J’appris par la suite que ce furent les voisins qui étaient venus à ma rescousse. Ils m’avaient juste trouvée inerte, étendue sur le sol. Selon eux, j’avais dû faire un cauchemar. Je n’osais pas leur dire ce qui s’était passé. Je profitais juste de leur présence pour regarder à nouveau dans le miroir. Mais rien ne se passa. Je pris un somnifère pour avoir un semblant de paix. Dans l’après-midi, à mon réveil, je me dirigeai vers le miroir, mais rien ne passa non plus. J’avais sûrement dû faire un cauchemar. Rassérénée, je m’assis paresseusement dans le canapé en prenant mon antalgique. J’avais toujours mal au crâne. Je n’avais pas envie de sortir. Je n’avais envie de rien. Je m’endormis à nouveau. Le soir venu, je m’apprêtais à me rendre à une soirée organisée par mes copains de la fac quand la même scène se reproduit. J’étais en face du miroir, appliquant mon maquillage quand je vis mon reflet se brosser les cheveux.
A mon réveil, le soleil avait déjà pris place dans le ciel. Les voisins me questionnaient du regard. Je dus malgré moi leur raconter mon étrange histoire. Evidemment, ils ne crurent pas un seul mot. On prit le miroir, on l’insulta, on lui jeta de l’eau à la face, il ne répondit pas. Pour me rassurer complètement, on brisa le miroir et les débris furent jetés à la poubelle. Le miroir brisé, je me sentais libre, mais mon cauchemar ne faisait que commencer.
Douze jours après ces événements, la vie reprit son cours normal. J’avais un autre miroir qui ne me faisait pas des misères. Tout allait pour le mieux. Ou tout semblait aller mieux. Le treizième jour pourtant, je vis mon monde s’effondrer. Le semblant de quiétude qui m’avait habité ces douze jours s’évanouirent dans ma démence. Mon nouveau miroir fut atteint du syndrome du moi démoniaque. Mon nouveau miroir contrairement à l’ancien ne se contentait pas de faire le contraire de ce que je faisais, non. Mon nouveau miroir avait donné vie à mon moi virtuel. Je pouvais me voir manger ou boire de l’eau. Bref, des choses que je ne faisais pas. Parfois, je rentrais à la maison et retrouvais tout en désordre. Le moi virtuel n’avais aucune limite. Je finis par m’habituer au fil des jours à vivre avec ce moi calamiteux. Je m’entendais parler, chanter, rire. J’en devenais folle, mais je restais stoïque.
Un jour pourtant, je perdis la tête pour de bon. Du retour du marché, je vis la maison en feu. Personne n’avait survécu. Quelques passants soutenaient m’avoir vu lancer un briquet et prit la fuite. Je fuis arrêtée pour homicide volontaire. Lorsque je racontais mon histoire aux juges, ils me prirent pour folle. Ce fut ainsi que je fus condamnée à parcourir tous les centres psychiatriques du pays. Depuis quelques temps, je me sens mieux. Le moi virtuel n’est plus revenu. Tant qu’il n’y a pas de miroir, il y a l’espoir.

Demain je rencontre un autre psychiatre. Il dit avoir une méthode révolutionnaire pour m’aider à affronter ma peur des miroirs. Décidément personne ne me croit.
Voilà mon ami, c’est aujourd’hui que le docteur machin chose vient me chercher pour ma première séance de thérapie. On m’a mis une camisole de force. Il m’a conduit dans une grande salle calme et fraîche. Il m’a fait assoir  et m’a posé des tas de questions puis m’a laissé. Je me sentais mieux. Je reprenais espoir. Mais mon espoir ne fut que de courte durée. Tout s’évanouit quand j’entendis ce fameux « allez-y ». Je n’eus pas besoin de demander quoique ce soit. Les faits répondaient d’eux-mêmes. Des miroirs sortirent de nulle part et tapissèrent chaque mur de la pièce. Je me retrouvais dans un cercle infernal. Entouré de miroir de part et d’autre. Je criais, je suppliais mais personne ne m’écouta. On me dit que c’était pour mon bien. Je suis fini.
Une demi-heure après l’avoir laissé dans la chambre, je n’entendis plus aucun bruit. Nous crûmes mes collègues et moi qu’elle s’était enfin calmée. Je me félicitais d’avoir pu soulagé cette pauvre enfin. Mais deux heures après, ce trop grand calme me parut étrange. Je courus à la chambre où je l’avais laissé il y avait quelques instants. J’ouvris la porte avec fracas et le spectacle qui s’offrait à mes yeux était des plus horribles. Elle s’était entaillée la chair.
-Elle s’est suicidée fit un de mes collègues. La pauvre. C’est peut-être mieux.
On aurait dit qu’elle s’était défendue de toutes ses forces. La salle laissait apercevoir des traces de combat. Son regard vide laissait encore voir toute la frayeur qu’elle avait vécue. Mais contre qui voulait-elle se défendre puisqu’elle était seule ? Non, c’était sûrement un suicide. On en était là à conclure au suicide quand quelque chose attira mon attention. Un mot écrit au sol du sang de la victime peut-être: ‘’Tu es pathétique ma chérie ‘’! Un frisson me paralysa. Mes collègues ouvrirent grand leurs yeux. La morte n’avait pas de trace de sang aux doigts. Qui avait pu écrire cela ?
Dix ans plus tard, je me réveillais d’un long coma. Je ne me souviens pas avec exactitude de ce qui s’était passé. Juste un cri et des coups de couteau.

Fin


Lucie Charlène

 

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IMAGINATION MEURTRIÈRE / Lucie Charlène

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Il cherchait une fois encore à escamoter la question. Combien de fois lui ai-je raconté mon histoire ? Je ne saurais le dire.
Vous ne me croyez pas, n’est-ce pas ? lui demandai-je pour la énième fois.
Et comme à l’accoutumée, il rangea ses effets, me lança ce regard terne. Comment j’en suis arrivé là, comment ?
J’avais fini l’écriture  de mon livre depuis plus d’une semaine. Je sais qu’il fallait le déposer chez l’éditeur, mais je ne me lassais pas de le relire. J’y apportais quelques corrections, supprimais certaines phrases… Mais j’oubliais souvent d’enregistrer les dernières modifications. Je venais de supprimer le dernier chapitre, je voulais donner une autre tournure au récit, la recherche de la perfection. Lire la suite de « IMAGINATION MEURTRIÈRE / Lucie Charlène »

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POUR UNE SIGNATURE / Belkis HOUNKANRIN

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Rédacteur sur Saveurs livresques

 

Mélissa a pollué mon sommeil de peur. Et depuis, je ne fais plus de différence entre rêve et réalité.

La sortie de Mélissa de chez elle rimait avec le soufflement d’un vent violent, le soleil s’arrangeait pour ne pas sortir. Les jeunes hommes du quartier avaient jobbé de toutes les manières possibles pour avoir une montre collée à leurs poignets ; il fallait suivre l’heure de près pour ne pas rater un événement très important de la journée ; il fallait voir Mélissa passer ; sa tête, surtout ses yeux ; son élégance vestimentaire, surtout sa démarche tambour. On ne leur racontera pas cela. Les mots ont beau tout faire mais ils ne pouvaient pas selon ces jeunes garçons, décrire tout ce que Mélissa trimballait comme beauté. C’est bien cela ce que traduisait leur comportement que je nomme ‘’la gourmandise des yeux’’. Ainsi chaque midi, ils s’alignaient de part et d’autre du carrefour ‘’Y’’ pour saluer le retour de l’école de la reine du quartier. Le soir c’est pareil. Beauté rebelle. Si tu étais là, tu donnerais ta vie pour elle. Lire la suite de « POUR UNE SIGNATURE / Belkis HOUNKANRIN »

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Un drôle de divorce/ Ferdinand Mitombahou

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Une immense joie dont je n’expliquais la source m’inondait le cœur quand je rentrais chez moi ce soir là .Peut être que les frissons habituels que je ressens à l’idée de revoir ma dulcinée s’étaient fortifiés pour une fois, peut être que les vacances prochaines qui s’annonçaient à grands pas m’envoyaient déjà leur air frais. Je ne savais pas trop. Il est de ces moments où pour une raison qu’on ignore on se sent bien dans sa peau. J’en vivais un ce soir là. Et j’en profitais gaiement. D’ailleurs ma vie qui se résumait à un mélange de diverses sortes de mélancolies accompagnées d’une petite goûte de temps de bien-être avait besoin de se faire une santé. Une fois à la maison je constatai que l’atmosphère était calme. C’est normal. Cela a toujours été ainsi depuis que je vis dans cet appartement. Le silence nous côtoyait, mon épouse et moi, comme une ombre ne lâche son propriétaire. Valérie était assise au salon. Elle s’était adossée au fauteuil comme si elle était craquée et épuisée jusqu’aux entrailles. – Bonsoir ma dulcinée, exclamai-je gaiement. D’habitude je n’aurais pas fini cette phrase et elle se serait jetée sur moi comme un enfant fou de retrouver sa maman disparue un temps. Je m’attendais donc qu’elle sursaute brusquement et qu’elle me prenne dans ses longs et enveloppants bras pour me flageller de ces sensations virulentes auxquelles, habituellement, je n’oppose qu’une bouche bée. Mais quelle surprise ! Elle était restée figée. Perplexe, je m’approchai d’elle doucement et tranquillement pour essayer d’en avoir le cœur net et précis. Mes pensées oscillaient entre une bourde que j’aurais commise et qui provoquerait une telle réaction de sa part ou un jeu romantique sans doute pour m’exciter en me faisant peur comme elle sait bien le faire. Je lui tapotai l’épaule légèrement.

Elle sursauta vivement comme si elle revenait de très loin. Elle se leva subitement me fit face et commença par me regarder, paupières fixées, comme une statue. De ses étranges yeux rouges, je remarquai une haine qui tournoyait dans le besoin d’être crachée dehors. J’imaginais alors que dans les secondes qui suivront je me ferai tabasser par une femme enragée, prête à me dévorer pour dissiper sa colère. Je me voyais déjà hurler de douleurs face à ses coups de poings dans mon ventre qui avait subi une opération chirurgicale récemment. Je songeais que je n’avais aucune arme pour m’opposer à sa colère qui versera d’un instant à l’autre toute sa teneur. Je transpirais. La peur m’avait arrachée les couilles. Je savais que la honte de se faire battre par une femme sera consommée d’un instant à l’autre. Je pensais au pire, quand une petite charge vint se poser sur mes épaules. Ne faisant plus attention à ce qui se passait autour de moi je me sentis dans le besoin de sursauter du fait de la fusée de peur qui venait d’agrandir mon inquiétude. C’était elle qui venait d’enlacer ses mains fraîches autour de ma taille. D’un coup magique mon corps en feu fit une chute brutale au point où la sueur qui y ruisselait n’était que fraîcheur coulante. Mon cœur lentement prenait déjà la route du rythme normal. On aurait dit un moulin éteint qui, en agonie, descendait vers l’accalmie. Valérie d’un ton glacé, toujours avec la même fureur dans le visage me chuchota à l’oreille. – Fais-moi l’amour! Je n’en revenais pas. Même Dieu n’aurait pas crû qu’elle dirait pareille chose. Hésitant encore sous le coup de l’incompréhension totale que me dictait son envie, elle m’emmena rapidement vers la chambre. Tout fut allé vite. Elle était si pressée qu’on n’eût même pas le temps de vouer au culte qui consistait à s’exciter davantage par les préliminaires. En réalité je n’ai jamais aimé cela. C’est elle qui y consacrait toute sa hargne érotique pour finalement être timide et naïve lors du coït, partie plus importante pour moi. Mais grande était ma surprise de la voir passer outre sa préférence. Elle m’avait juste mis délicatement quelques baisers au cou, s’était déshabillée, m’avait déshabillée et nous voilà déjà au combat. Nous nous étions mutuellement pénétrés, emportés comme une seule personne sur les hautes montagnes des plaisirs jamais lorgnés sur terre. Nous avions oublié le Monde et nous avons bien vécu. Je n’avais jamais souhaité revenir du point culminant de cet échange de sensations qu’est l’orgasme car il y faisait bon vivre. Nous avons passé des minutes formidables et paradisiaques. Du moins c’est ce que j’ai pensé tant elle avait l’air de jouir comme une folle. À la fin de nos ébats, elle resta couchée quelques minutes certainement essoufflée par ce moment court mais riche. Mais soudain elle se leva brutalement et enfila à la hâte une longue robe. L’inquiétude de tout à l’heure revint alors sous une autre forme. Elle est apparemment devenue folle. Qu’est-ce qui lui prenait la tête au juste ?

– Écoute moi bien Cossi, se mit-elle à dire, c’est fini entre nous. C’est la dernière fois, je dis bien la dernière fois qu’on partage ensemble du plaisir sexuel. Tu as bien fait d’ailleurs de jouir comme jamais tant je t’avais senti loin très loin.

Je ne pouvais lui donner la possibilité de continuer. Quelle ignominie raconte t-elle!

– Qu’est ce que tu racontes Valérie? T’entends tu ?essayai-je de balancer dans le bruit que faisait sa voix qui avait monté d’un cran.

Mais elle ne me faisait visiblement pas attention.

– Cossi si tu savais lire entre les lignes, si tu savais aller en profondeur puiser les faces déguisées des attitudes des gens tu allais comprendre depuis quelques jours que la fin n’était plus pour bientôt mais que tout avait pris fin entre nous. J’attendais juste la manière la plus drôle pour te l’annoncer afin de te rendre le coup. Tu m’as drôlement caché que les résultats des tests révélaient que procréer serait pour toi une montagne à déplacer. Maintenant je prends mon chemin à la recherche de ce qui est la raison d’être de l’amour et du mariage, l’enfant. c’est du moins ma façon de voir les choses.

– Ma chérie, tu ne sais pas tout…

– Que veux-tu m’apprendre que je ne sais déjà ?

– Laisse-moi t’expliquer…

– Tu peux te les garder tes explications. Ca fait des semaines que tu l’aurais fait. – Je ne voulais pas…reprit-je hésitant.

– Ton ami m’a tout avoué. Mieux, le spécialiste que nous avons consulté a confirmé. Tu ne peux pas procréer, Cossi tu ne peux pas.

Elle criait fortement. Elle sanglotait aussi. Subitement elle prit la porte et d’une brutalité digne d’une enragée comme elle, s’en alla. Je n’ai même pas eu droit de m’expliquer. C’était un jugement unilatéral. La terre tournait à mes yeux. Je me laissai choir sur le lit complètement sonné. Je ne savais plus quoi penser. Je regrettais de lui avoir menti sur les résultats des tests. Je les ai truqués exprès dans l’intérêt de notre couple et pour l’amour que j’avais pour elle. Il ne fallait pas qu’elle sache de sitôt que notre couple n’avait pas de chances d’avoir de descendants biologiques. Aujourd’hui, elle jette le tort sur moi parce qu’elle a appris de la bouche de mon meilleur ami que j’étais stérile. Mais que dira-t-elle quand elle réalisera qu’elle aussi n’avait pas les aptitudes pour avoir d’enfants ? Elle versera de chaudes larmes à en mourir. Si j’ai opéré des manigances sur les résultats c’est pour ça, c’est pour qu’elle ne succombe pas. Un couple dans lequel les deux époux sont stériles, dans les oreilles, ça sonne mal. Elle ne m’a pas donné la possibilité de tout lui avouer en même temps. Elle s’en est allée. Je pleure aujourd’hui seul sans espoir. Elle pleure certes dans l’espoir de faire prochainement un enfant. Et quand elle découvrira la vérité selon laquelle elle non plus n’était pas faite pour en porter un dans son ventre elle pleurera encore cette fois sans espoir comme moi aujourd’hui. Pourtant sans enfants je suis convaincu qu’on serait heureux.

FIN


Ferdinand Mitombahou

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Le Licencié / Lucie Charlène

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Prenant leur courage à quatre dents, leurs langues se délièrent enfin. La bouche, encore sous le choc restait ainsi figée, dans cette attitude connue que des âmes abattues.

Un vent souffla. La tempête se calma. La brise, plus fragile que les autres invités, sortit souffler. La nouvelle avait abattu tout le monde. On aurait pu faire main basse sur cette histoire si la brise, dans sa course folle, pour annoncer une certaine nouvelle, ne ramena avec elle, les bribes de paroles que les oreilles et les souvenirs essayaient d’oublier… «je suis impuissant… je suis impuissant…»

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TU ME TOUCHES, JE TE TOUCHE / Pelphide TOKPO

Tu me touches

La rumeur n’est pas sérieuse. Elle vous trouve toujours quelque chose. Elle pourrait vous faire avaler que vous n’avez plus de dent alors que vous êtes en train de mastiquer du maïs grillé. La rumeur, il faut se méfier d’elle, toujours et en tout temps. Car, donnez-lui une femme et elle en fera un homme, donnez-lui une injure et elle en fera une louange.

Le Président a changé, il y a trois jours, son gouvernement. Il a dissout le gouvernement. (Dans une grande bassine de rage, disent les mauvaises langues au quartier.) Mais je ne vous informe pas. Vous le savez déjà. Mais ce que vous ne savez pas et que moi je sais, enfin, ce n’est pas moi qui sais, mais je connais quelqu’un qui certainement connait quelqu’un qui sait. Vous savez ce qu’on dit au quartier : « On est riche de ses amitiés et connaissances. »

Donc je disais que ce que je sais et que vous ne savez pas est le « Pourquoi ? » accompagné de son cousin « Comment ? » de ce remaniement du gouvernement par le prégo. Oui, vous ne savez pas tout. En tout cas, les gens ne vous ont pas tout dit. Vous ne savez pas comment on en est arrivé là. Mais, je le sais maintenant. En tout cas, j’ai été à la source. Dame rumeur le sait. Elle sait comment et pourquoi le prégo a pris son arrache-clou, que dis-je ?… sa gomme pour abattre des noms de son arbre gouvernemental.

Il paraît que tout a commencé à cette récréation ministérielle, pardon, à ce conseil des ministres. Il paraît que personne ne sait quel moustique a piqué le Président, mais tout le monde l’a vu se lever. Il paraît que tout le monde a vu la silhouette présidentielle, agitée par, on dirait, un vent bacchusien, se dresser. Il paraît que tout le monde a vu la main présidentielle entrer en contact avec la joue gauche d’un voisin. Personne, à ce conseil, n’a eu besoin de ralenti pour reconnaître que c’était une gifle qu’on venait de prescrire. Le propriétaire de la joue réceptrice  de la gifle présidentielle est, ni plus ni moins, le Premier Ministre.

Mais comme on le dit, un grand n’est pas un petit, et un petit peut devenir grand. Et surtout, on n’est pas Premier-ministre-de-rien (comme on l’appelle au quartier) pour rien jusqu’à se laisser infliger une torgnole de la part de quelqu’un qui a une tempête dans les voiles, surtout quand dans le public ministériel qui assistait à ce spectacle, à cet exploit éthylique et « foliétique » (terme d’un académicien du quartier), il y a les maîtresses, les institutrices et les directrices du bras présidentiel, auteur de cet affront.

En observant, de là où IL se trouvait, ce qui a suivi la gifle présidentielle ce jour-là, ce bien-malin-de-son-père, engendré-mais-non-pas-créé, n’aurait rien trouvé à dire. Il n’aurait même pas crié à la violation de son principe sacro-saint : « Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends lui la joue gauche ». Il aurait tout simplement craché : « O mon Dieu de Père ! Quelle réplique ! »

Il paraît que, ce jour-là, le Premier Ministre n’a pas eu froid aux yeux. Il paraît que le Premier Ministre, affectueusement appelé aussi Premier ministre de rien – parce qu’il ne gérerait rien -, ne s’est pas comporté comme ce fameux Don Diègue qui, après avoir reçu un soufflet de rien du tout, de la part d’un tout aussi croulant que lui, était allé pleurnicher dans les bras de son fils, quémandant son cœur – son courage – pour essuyer cet affront. Il paraît que le Premier Ministre n’est même pas allé consulter le bokonon de son village, qu’il s’est juste remis à son bras actionné par une tête qui, selon ce qui se dit, serait mieux faite que celle que porte le bras présidentiel. Il paraît que le Premier-ministre-de-rien a pris feu et a roulé une belle pelle de gifle, taillée dans le style kpèdaah-tchéton (Selon l’expertise d’un Soweto du quartier : c’est un coup porté latéralement qui part du dos).

Je ne vous dis pas. La rumeur n’est pas sérieuse. Elle vous invente des choses pas possibles. Il paraît que, ce jour-là, la joue présidentielle n’a rien vu venir. Les yeux présidentiels n’y ont vu que du feu. Ils ont bu du rouge. Il paraît qu’à voir les jambes présidentielles ce jour-là, on aurait dit qu’elles ont bu du tremblimissiline ou qu’elles se sont souvenues des nombreux verres de scotch, de whisky, de vin enfouis dans leur système depuis des années. Il paraît que, à voir les effets de la gifle premier-ministérielle sur l’architecture présidentielle, on aurait dit que le Premier Ministre portait un de ces tilas[1] que vendent les babas[2] de von en von, de maison en maison qui ont la fâcheuse réputation de quintupler et même de centupler la force de celui qui le porte, et d’envoyer K.-O. tout adversaire, même Goliath. David aurait eu un de ces tilas qu’il n’aurait pas perdu assez de temps à actionner son fameux lance-pierre. Avec un de ces tilas attaché à son avant-bras, à sa hanche ou caché sous son caleçon, il aurait en quelques seconde envoyé Goliath rouler hors d’Israël rien qu’en touchant son ventre avec son plus petit doigt.

Il paraît que ce jour-là, le Premier ministre-de-rien n’a pas raté le prégo. Il a limé la dent au prégo avec une gifle digne de Lancelot, de Roland et de Soundiata Kéita. Il paraît que ce dernier a un cheval redoutable et que, tout petit, il a déraciné à lui tout seul un arbre. Il paraît aussi que le Roland, lui, sonne du cor comme personne ne sait et ne saura le faire mieux, et que son épée durendalienne, il faut, à part lui, deux milles personnes pour la soulever. Quant au Lancelot, il paraît qu’il a le code qu’il faut pour passer sur un pont qui a la largeur d’une lame de couteau.

Donc, je disais que le président aurait pu avoir une zen-attitude, ce jour-là. Il aurait pu exercer un self-control sur lui-même. Il n’aurait pas dû laisser libre cours à son instinct grégaire. Il n’aurait pas dû croire qu’il est le seul à détenir le secret de la gifle et de l’audace. Parce que, ce jour-là, il a rencontré garçon sur son chemin. Il paraît que le Premier-ministre-de-rien lui a montré ce jour-là que s’il a lui, le prégo, la combinaison secrète pour monter des gouvernements farfelus, des décisions idiotes et des limogeages à tous vents, lui le Premier ministre par contre, il a l’algorithme de la gifle mémorable, obélixienne ou astérixienne.

Il paraît que la gifle premier ministérielle était imparable, elle était du premier ordre comme le rang de monsieur le ministre. Il paraît que la gifle a été lumineuse, avec une vitesse de l’éclair. Il paraît que quelques secondes – cinq seulement – après le « kpa ! » de la gifle présidentielle, on a entendu un assourdissant et décapant « vaa ! » produit par la gifle premier-ministérielle. Il paraît que les autres yeux du conseil ministériel n’ont rien compris. Ils ont même cru un instant que c’était un jeu entre le prégo et son premier ministre de rien, parce qu’ils ont été des amis avant de se retrouver à la tête de notre village-national. Mais il paraît que ces yeux se sont très vite ravisés, et ont compris que c’était du sérieux, que les deux anciens bons amis – futurs bons ennemis – n’étaient pas en train de jouer à un jeu qu’ils jouaient quand ils étaient encore tout petits : le touche-moi-je-te-touche. Ils ont très vite compris que ce n’était pas du toc, que ce n’était pas de la télé-réalité mais que c’était du vrai, du lourd. Il paraît même que certains ont même voulu demander un ralenti, tellement les choses sont allées très vite.

Il paraît que sous le « Vaa ! » de la gifle premier ministérielle que le prégo a valsé, qu’il a tangué, qu’il a jerké, qu’il a fait un puis deux pas de Makossa, qu’il a esquissé même des pas du noudjiou-écriture, qu’il a tourbillonné comme un danseur de Zinli, qu’il a même coupé et décalé, qu’il a fait un jeu de jambe, qu’il a, ensuite, tenté de bloquer (à la Patson) avant d’aller s’affaler « vimm ! » dans le fauteuil de la ministre chargé du sexe féminin, de tous ses attributs et problèmes. Il paraît que madame le ministre n’a pas eu le temps même de quitter son fauteuil avant que le poids présidentiel ne vienne crasher sur elle. Il paraît aussi que la ministre ne s’était même pas sentie écrasée par le poids qui lui est tombé dessus. Il paraît qu’elle était déjà habituée à accueillir ce poids dans le secret des chambres d’hôtel, lors des missions.

Donc, je disais que le prégo s’était crashé sur madame le ministre. Il était tout groogy. Il avait été vaincu par K-O, comme sa dernière prouesse électorale. Il paraît que le prégo en atterrissant dans le fauteuil de madame la ministre avait plongé son nez et sa bouche dans la dépression qui sépare les deux importants reliefs de la poitrine de madame le ministre, qui était dans son plus beau et voyant décolleté. Il paraît que cet atterrissage, un peu spécial, a arraché, à madame le ministre, un succulent  « Ô Dieu du Ciel ! » accompagné des battements de paupières et d’un révulsement des yeux, puis elle serait tombée dans les mangues.

Il paraît qu’après avoir atterri ainsi, le prégo se serait mis à ronfler tout de suite après. Il paraît que c’était ainsi que le conseil ministériel prit fin. Les autres ministres s’étaient furtivement glissés hors de la salle du conseil pour ne pas avoir à subir la foudre présidentielle à son réveil. Il paraît que tous les autres ministres étaient sortis sauf le Premier Ministre détenteur de la gifle mégatonnique et giga-sismique. Il paraît qu’il se serait assis tranquillement – pas pour voir le roupillement prégodentiel. Mais il était resté là pour rédiger une lettre enflammée de débarquement du rafiot gouvernemental.

Il paraît que le prégo après s’être réveillé  a réglé les comptes jambes-en-l’air-tique à la veinarde de ministre pour lui avoir servi de terrain de crash. Et qu’ensuite le prégo serait tombé sur la lettre kamikaze de son ex-premier ministre-de-rien qui aurait pour titre: Ce que je crois ! Il paraît qu’après avoir lu la lettre, le prégo aurait pris feu et aurait hurlé : « Mais pour qui se prend-il, le petit ? Il pense me le jouer six en one[3] comme ça ? Non non et non ! Il a tiré dans l’Okpara[4]. Je suis le distributeur des cartes. Il ne peut pas démissionner. C’est moi qui dois le renvoyer. C’est moi ! C’est moi ! Je balaie le gouvernement aujourd’hui même. »

Eh, la rumeur ! A la suivre, tu finiras par vendre tes jambes pour marcher sur les rotules. En tout cas, je retourne à mon verre. Comme on le dit au quartier : « Le verre ne ment jamais ! »

Pelphide TOKPO                          

Inspiré d’une rumeur de 2013


[1] Amulette

[2] Vendeurs ambulants

[3] Rouler

[4] Fleuve méridional du Bénin : Il se trompe.