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Te quiero ! / Désy Ray [Nouvelle]

 

Te quiero

25 février 2017 – 24 février 2018.

Il y aura demain, un an que le drame s’est produit. Depuis, ma vie a changé et je broie du noir à plein temps. Je n’ai pu parler de ce qui s’est passé à personne. On ne m’a rien demandé. Alors que j’aurais bien voulu m’ouvrir pour m’en libérer et prendre un nouveau départ. Depuis que Cosme est parti, je ne suis plus tout à fait le même. Lire la suite de « Te quiero ! / Désy Ray [Nouvelle] »

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A mort, Amour !/ Lucie Charlène

 

a mort amour

-Au voleur ! Au voleur !

Les lèvres frémirent, les lettres se donnaient la main, les mots naissaient, la bouche s’ouvrit, le gosier respira et ce cri… Le cri apeuré déchira le voile céleste qui revenu de sa stupeur, le confia à la brise qui le ramena au village. Mais qu’était-ce donc ce cri ? D’où venait-il ? Qui pouvait se permettre de troubler le repos des villageois à cette heure tardive de la nuit ? Les lampes tempêtes fidèles à leur fonction d’éclaireuses répondirent  présentes. Les boites d’allumettes ne voulurent pas se faire conter l’événement. Un crac et la lumière jaillit. Les demoiselles allumettes contemplèrent fièrement leur œuvre une demi-seconde avant de partir en cendres. La mèche de la lampe tempête embrassa cette lumière innocente qui se demandait pourquoi on la sollicitait si tard. Lire la suite de « A mort, Amour !/ Lucie Charlène »

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Souvenirs idylliques

On a vu souvent
Rejaillir le feu
De l’ancien volcan
Qu’on croyait trop vieux
Il est paraît-il
Des terres brûlées
Donnant plus de blé
Qu’un meilleur avril

Jacques Brel, Ne me quitte pas


Victoire faisait des siennes. Elle en avait déjà marre d’être avec la coqueluche de l’école. Elle m’avait déjà oublié, la routine et la puberté aidant. Il fallait que je me trouve une autre. Une autre qui me fera réfléchir. Oui ! La femme et la fille font cogiter. Mais c’est mal me connaître que de me laisser aller avec la première venue. Je suis trop exigeant. Pour cela, on me traite encore de gonflé. Ce n’est pas grave. Il fallait choisir une qui ne me connût pas assez et qui répondît aux critères : être peu ou prou belle, travailler en classe et aimer la lecture. Rien que cela. Trouver l’idéal n’a pas été la mer à boire. Je t’ai trouvée…

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Tu étais en sixième A,  et avais au premier semestre 15, 83 de moyenne, deuxième de ta classe. Tu étais sérieuse, aimais la lecture -puisque nous nous étions vus plusieurs fois à la bibliothèque municipale.

Je me souviens de ce soir, comme si c’était aujourd’hui. Et dire que six années sont passés… Sur toi, j’avais porté mon choix. J’avais rédigé une missive que j’ai cachée dans un livre de contes que je t’avais, quelques jours auparavant, emprunté. Je lisais beaucoup, à cette époque. En quatrième, la lecture était ma nourriture. Et Molière seul sait combien j’étais -je le suis toujours-, gourmand.

J’avais donc à prouver que je lisais. Cette missive avait été écrite avec une dose adulte de romance.

Tu sais que je ne suis pas timoré. Mais je n’aime pas les grands et inutiles risques. Je t’avais donc mandée de ne lire le mot, que seule. Personne d’autre ne devait le lire, pas même ton ombre. Pour le surlendemain, je voulais le retour. Le lendemain, tu avais répondu. Favorablement. Tu étais déjà amoureuse, bien avant que je vinsse à toi. Tu me fis cette confidence plus tard. Je ne savais pas que je m’implantais en toi, pour toujours… Des semaines sont passées. Nous vivions à fond notre idylle. Tu voulais me présenter à tes parents. Un samedi, après la catéchèse, tu m’emmenas chez toi, pour me présenter à ton papa, en ami.

-Papa, je te présente Deum, mon ami dont je t’ai parlé, fis-tu.

-Ah Deum ! Inès m’a parlé de toi. Tu dois être en quatrième, hein ?

-Oui, Papa. Je suis également le major de la promotion avec 15,02 de moyenne, pour le premier semestre. Je suis ici chez mon oncle paternel, incontournable menuisier-coffreur, mieux connu dans tout Kandi sous le pseudonyme Tonton Gentil, écrit sur la plaque de sa Mate bleue.

-C’est très bien, mon petit…

Nous étions dans la saison des mangues, période dans laquelle, Fadel peut le témoigner, les filles ne résistent pas aux bons mots des garçons, face à un sac de mangues, mûres comme les seins des jeunes filles Baribas ou ceux de Aïcha, la gonzesse Peuhle de mon quartier. J’avais donc tenu à donner, à celui-là qui aurait pu être mon beau-père, un sac de mangues mûres. Aujourd’hui, je pleure face à tous ces souvenirs. Notre histoire est partie en lambeaux. La haine en a pris le flambeau. Tu as beau t’accrocher, j’ai fini par te laisser. Ton cœur, tu as beau l’armer, j’ai fini par le blesser.

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Dans mes yeux noirs, tu voyais clair. Ma vie, aujourd’hui, vacille entre obscurité et lumière. J’ai compris qu’à force de se précipiter, on ne fait les choses qu’à moitié. Pour cela, j’ai laissé l’amour m’inspirer. Je voulais tant polir ton cœur en diamant, sans pour autant faire semblant. Mais c’est lui que j’ai laissé sans vie ; je l’ai fait saigner jusqu’à l’agonie. C’est parce qu’elle est un combat, que la vie a un goût. Et ce n’est pas avec des larmes que tu éteindras l’incendie. Par crainte d’être à nouveau abandonnée, tu as mis du temps à aimer. Mais ton cœur, je l’ai percé. Parce que tu étais aveuglée par l’amour, j’ai voilé ton cœur. Ne crois-tu plus en moi ? Je ne crois plus en rien. Parfois, je me sens seul et triste d’avoir fait place dans ton cœur de glace. Et quand je regarde dans le miroir, il n’y a que tes larmes que je peux y voir. Une chorale de sanglots chantonne alors mes afflictions et fredonne mes désolations car tu es blessée et ton silence en dit long. Mais ce qui est cassé, nous pouvons le réparer, non ? Alors, si tu veux un nouveau départ dans les règles de l’art et loin de la sentimentale géhenne que sont la peine et les haines, viens, je t’emmène.

Fin.


Maurice Godwin Koutchika