Un drôle de divorce/ Ferdinand Mitombahou

Un drôle de divorce/ Ferdinand Mitombahou

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Une immense joie dont je n’expliquais la source m’inondait le cœur quand je rentrais chez moi ce soir là .Peut être que les frissons habituels que je ressens à l’idée de revoir ma dulcinée s’étaient fortifiés pour une fois, peut être que les vacances prochaines qui s’annonçaient à grands pas m’envoyaient déjà leur air frais. Je ne savais pas trop. Il est de ces moments où pour une raison qu’on ignore on se sent bien dans sa peau. J’en vivais un ce soir là. Et j’en profitais gaiement. D’ailleurs ma vie qui se résumait à un mélange de diverses sortes de mélancolies accompagnées d’une petite goûte de temps de bien-être avait besoin de se faire une santé. Une fois à la maison je constatai que l’atmosphère était calme. C’est normal. Cela a toujours été ainsi depuis que je vis dans cet appartement. Le silence nous côtoyait, mon épouse et moi, comme une ombre ne lâche son propriétaire. Valérie était assise au salon. Elle s’était adossée au fauteuil comme si elle était craquée et épuisée jusqu’aux entrailles. – Bonsoir ma dulcinée, exclamai-je gaiement. D’habitude je n’aurais pas fini cette phrase et elle se serait jetée sur moi comme un enfant fou de retrouver sa maman disparue un temps. Je m’attendais donc qu’elle sursaute brusquement et qu’elle me prenne dans ses longs et enveloppants bras pour me flageller de ces sensations virulentes auxquelles, habituellement, je n’oppose qu’une bouche bée. Mais quelle surprise ! Elle était restée figée. Perplexe, je m’approchai d’elle doucement et tranquillement pour essayer d’en avoir le cœur net et précis. Mes pensées oscillaient entre une bourde que j’aurais commise et qui provoquerait une telle réaction de sa part ou un jeu romantique sans doute pour m’exciter en me faisant peur comme elle sait bien le faire. Je lui tapotai l’épaule légèrement.

Elle sursauta vivement comme si elle revenait de très loin. Elle se leva subitement me fit face et commença par me regarder, paupières fixées, comme une statue. De ses étranges yeux rouges, je remarquai une haine qui tournoyait dans le besoin d’être crachée dehors. J’imaginais alors que dans les secondes qui suivront je me ferai tabasser par une femme enragée, prête à me dévorer pour dissiper sa colère. Je me voyais déjà hurler de douleurs face à ses coups de poings dans mon ventre qui avait subi une opération chirurgicale récemment. Je songeais que je n’avais aucune arme pour m’opposer à sa colère qui versera d’un instant à l’autre toute sa teneur. Je transpirais. La peur m’avait arrachée les couilles. Je savais que la honte de se faire battre par une femme sera consommée d’un instant à l’autre. Je pensais au pire, quand une petite charge vint se poser sur mes épaules. Ne faisant plus attention à ce qui se passait autour de moi je me sentis dans le besoin de sursauter du fait de la fusée de peur qui venait d’agrandir mon inquiétude. C’était elle qui venait d’enlacer ses mains fraîches autour de ma taille. D’un coup magique mon corps en feu fit une chute brutale au point où la sueur qui y ruisselait n’était que fraîcheur coulante. Mon cœur lentement prenait déjà la route du rythme normal. On aurait dit un moulin éteint qui, en agonie, descendait vers l’accalmie. Valérie d’un ton glacé, toujours avec la même fureur dans le visage me chuchota à l’oreille. – Fais-moi l’amour! Je n’en revenais pas. Même Dieu n’aurait pas crû qu’elle dirait pareille chose. Hésitant encore sous le coup de l’incompréhension totale que me dictait son envie, elle m’emmena rapidement vers la chambre. Tout fut allé vite. Elle était si pressée qu’on n’eût même pas le temps de vouer au culte qui consistait à s’exciter davantage par les préliminaires. En réalité je n’ai jamais aimé cela. C’est elle qui y consacrait toute sa hargne érotique pour finalement être timide et naïve lors du coït, partie plus importante pour moi. Mais grande était ma surprise de la voir passer outre sa préférence. Elle m’avait juste mis délicatement quelques baisers au cou, s’était déshabillée, m’avait déshabillée et nous voilà déjà au combat. Nous nous étions mutuellement pénétrés, emportés comme une seule personne sur les hautes montagnes des plaisirs jamais lorgnés sur terre. Nous avions oublié le Monde et nous avons bien vécu. Je n’avais jamais souhaité revenir du point culminant de cet échange de sensations qu’est l’orgasme car il y faisait bon vivre. Nous avons passé des minutes formidables et paradisiaques. Du moins c’est ce que j’ai pensé tant elle avait l’air de jouir comme une folle. À la fin de nos ébats, elle resta couchée quelques minutes certainement essoufflée par ce moment court mais riche. Mais soudain elle se leva brutalement et enfila à la hâte une longue robe. L’inquiétude de tout à l’heure revint alors sous une autre forme. Elle est apparemment devenue folle. Qu’est-ce qui lui prenait la tête au juste ?

– Écoute moi bien Cossi, se mit-elle à dire, c’est fini entre nous. C’est la dernière fois, je dis bien la dernière fois qu’on partage ensemble du plaisir sexuel. Tu as bien fait d’ailleurs de jouir comme jamais tant je t’avais senti loin très loin.

Je ne pouvais lui donner la possibilité de continuer. Quelle ignominie raconte t-elle!

– Qu’est ce que tu racontes Valérie? T’entends tu ?essayai-je de balancer dans le bruit que faisait sa voix qui avait monté d’un cran.

Mais elle ne me faisait visiblement pas attention.

– Cossi si tu savais lire entre les lignes, si tu savais aller en profondeur puiser les faces déguisées des attitudes des gens tu allais comprendre depuis quelques jours que la fin n’était plus pour bientôt mais que tout avait pris fin entre nous. J’attendais juste la manière la plus drôle pour te l’annoncer afin de te rendre le coup. Tu m’as drôlement caché que les résultats des tests révélaient que procréer serait pour toi une montagne à déplacer. Maintenant je prends mon chemin à la recherche de ce qui est la raison d’être de l’amour et du mariage, l’enfant. c’est du moins ma façon de voir les choses.

– Ma chérie, tu ne sais pas tout…

– Que veux-tu m’apprendre que je ne sais déjà ?

– Laisse-moi t’expliquer…

– Tu peux te les garder tes explications. Ca fait des semaines que tu l’aurais fait. – Je ne voulais pas…reprit-je hésitant.

– Ton ami m’a tout avoué. Mieux, le spécialiste que nous avons consulté a confirmé. Tu ne peux pas procréer, Cossi tu ne peux pas.

Elle criait fortement. Elle sanglotait aussi. Subitement elle prit la porte et d’une brutalité digne d’une enragée comme elle, s’en alla. Je n’ai même pas eu droit de m’expliquer. C’était un jugement unilatéral. La terre tournait à mes yeux. Je me laissai choir sur le lit complètement sonné. Je ne savais plus quoi penser. Je regrettais de lui avoir menti sur les résultats des tests. Je les ai truqués exprès dans l’intérêt de notre couple et pour l’amour que j’avais pour elle. Il ne fallait pas qu’elle sache de sitôt que notre couple n’avait pas de chances d’avoir de descendants biologiques. Aujourd’hui, elle jette le tort sur moi parce qu’elle a appris de la bouche de mon meilleur ami que j’étais stérile. Mais que dira-t-elle quand elle réalisera qu’elle aussi n’avait pas les aptitudes pour avoir d’enfants ? Elle versera de chaudes larmes à en mourir. Si j’ai opéré des manigances sur les résultats c’est pour ça, c’est pour qu’elle ne succombe pas. Un couple dans lequel les deux époux sont stériles, dans les oreilles, ça sonne mal. Elle ne m’a pas donné la possibilité de tout lui avouer en même temps. Elle s’en est allée. Je pleure aujourd’hui seul sans espoir. Elle pleure certes dans l’espoir de faire prochainement un enfant. Et quand elle découvrira la vérité selon laquelle elle non plus n’était pas faite pour en porter un dans son ventre elle pleurera encore cette fois sans espoir comme moi aujourd’hui. Pourtant sans enfants je suis convaincu qu’on serait heureux.

FIN


Ferdinand Mitombahou

Les frasques d’Ébinto / Amadou Koné

Les frasques d’Ébinto / Amadou Koné

Les frasques d’Ébinto est un roman  écrit par l’écrivain ivoirien  Amadou Koné à l’âge de dix-huit ans…

Ébinto est un jeune brillant élève au Collège Moderne de Grand-Bassam.  Il est confiant en son avenir. Mais c’est l’adolescence,  l’âge de la découverte de l’amour, de la passion.

La fille de son tuteur est éperdument amoureuse de lui mais Ébinto ne la considère que comme une bonne amie, une sœur.

«  Je suis sincère avec toi, Monique. Je ne peux pas me permettre de te mentir puisque tu es ma petite sœur »…

Mais évidemment Monique ne l’entendait pas de cette oreille.

Il faut dire que notre héros est plutôt amoureux de Muriel. Muriel est fille de parents aisés. Après maintes hésitations il aborde cette Muriel et tisse avec elle les bases d’une relation sentimentale.À partir de ce moment, Monique sera complètement oubliée dans le cœur d’Ébinto.

Muriel  voulait juste qu’ils soient amis alors que notre héros en était amoureux !

« Elle voulait qu’elle et moi nous nous en tenions à l’amitié. Mais moi je l’aimais d’amour et j’en souffrais »

Or une nuit,  ce qui ne devrait pas arriver. Monique et Ébinto ont un rapport sexuel.

« Nuit silencieuse, nuit du péché, je ne pourrai jamais t’oublier, ni oublier le plaisir que tu m’as procuré, ni les souffrances qui en ont résulté. »

Le plaisir sera en effet passager. Cette nuit, le destin de cet homme promis à un bel avenir s’effondre.  Il ne sera plus jamais le même.

Muriel qui commençait à accepter ses avances doit aller poursuivre ses études en France. Désolation.

Mais ce sera en fait le cadet des soucis d’Ébinto.

De la nuit passée avec Monique, une grossesse sortira. Monique est renvoyée de la maison par son père. Ébinto est obligé d’abandonner ses études et de trouver un travail afin de prendre ses responsabilités. Il épouse Monique.

Mais n’oublions pas qu’au début Ébinto n’aimait pas Monique.Il la voit alors comme celle qui a tout fait pour briser ses rêves.

« J’en ai après ma femme. Elle a détruit mes rêves. (…) Une chose est certaine, je n’aime pas cette fille, je ne peux donc pas vivre avec elle. Elle devra partir. Comment m’y prendre ? Je ne sais pas encore mais son père regrettera de m’avoir  forcé à épousé sa fille et à gâcher ma vie. » Le ton est donné !

La vie conjugale de ce couple est un enfer. Ébinto ne manquant aucune occasion de faire du mal à sa femme, de la punir en quelque sorte cependant que la douce Monique supportais tout…  Infidélité conjugale, insultes ; coups, humiliations…

En lisant le livre, vous aurez pitié de cette pauvre femme obligée de vivre avec un homme qui la maltraite et l’accuse d’être la cause de tous ses malheurs. Vous en voudrez surtout à Ébinto tant il en a trop fait.

Tenez par exemple, son indifférence,  quand leur bébé décède  à l’accouchement. On aurait attendu de lui quelques paroles de consolation pour sa femme. Mais non.

  • « Mon Ébin, je veux voir notre enfant. Il te ressemble, n’est-ce pas ?
  • Tu ne le verras jamais Monique. Il est mort. »

Après maints torts causés à sa femme, Ébinto se réveille enfin. Il se rend compte de ses erreurs. Et décide de changer. Mais Monique aussi a changé. Elle a longtemps été marquée négativement. Ses sourires n’ont plus la même vivacité. Son visage n’a plus le même éclat.  Elle est dépressive.  Mais tant bien que mal, le couple commence une vie normale.

Mais la joie retrouvée d’Ébinto sera très brève.

Alors que qu’ils se rendent par bateau chez la mère d’Ébinto Monique est précipitée dans la lagune par les bourrasques… Les efforts d’Ébinto pour la sauver seront vains…

Pour Ébinto, c’est le temps des regrets et du remords. Il doit aussi faire face à l’incompréhension des siens.

«  J’aimais beaucoup ma femme dira-t-il à sa mère. Mais personne ne peut me comprendre ».

Ce roman montre à quel point de petits détails peuvent changer le cours d’une vie. Il ne s’agit pas seulement des aventures d’un jeune homme doux que des évènements de la vie ont transformé en bourreau.  Il montre aussi qu’il peut être très difficile d’assumer les conséquences de ses décisions.

Une histoire d’amour pas comme les autres,qui intéressera les  adolescents, les jeunes mais aussi les adultes en couple.

Le récit est raconté à la première personne du singulier.  C’est donc Ébinto  qui raconte son expérience.  Il le fait dans un très beau style à la hauteur du brillant élève qu’il fut. Bref un livre qui se laisse lire.

Un récit émouvant, révoltant et plein d’enseignements. À lire et surtout à relire.

Une citation :« On ne découvre dans son cœur l’importance d’une personne que quand on l’a perdue ».

Merci Amadou Koné !